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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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337
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ACTE I, SCÈNE IU.

Madame? Hâtez-vous dachever votre ouvrage.

Vous avez du vizir entendu le langage;

Bajazet vous est cher : savez-vous si demainSa liberté, ses jours, seront en votre main ?

Peut-Être en ce moment Arnurat en furieSapproche pour trancher une si belle vie.

Et pourquoi de son cœur doutez-vous aujourdhui ?

ROXANE.

Mais men répondez-vous, vous qui parlez pour lui?

ATALIDE.

Quoi, madame ! les soins quil a pris pour vous plaire,Ce que vous avez fait, ce que vous pouvez faire,

Ses périls, ses respects, et surtout vos appas,

Tout cela de son cœur ne vous répond-il pas?

Croyez que vos bontés vivent dans sa mémoire.

ROXANE.

Hélas ! pour mou repos que ne le puis-je croire !Pourquoi faut-il au moins que, pour me consoler,Lingrat ne parle pas comme on le (ait parler!

Vingt fois, sur vos discours pleine de confiance,

Du trouble de son cœur jouissant par avance,Moi-même jai voulu massurer de sa foi,

Et lai fait en secret amener devant moi.

Peut-Être trop damour me rend trop difficile :

Mais, sans vous fatiguer dun récit inutile,

Je ne retrouvais point ce trouble, cette ardeur,

Que mavait tant promis un discours trop flatteur.Enfin, si je lui donne et la vie et lempire,

Ces gages incertains ne me peuvent suffire.

ATALIOE.

Quoi doncl à son amour quallez-vous proposer?

ROXANE.

Sil maime, dès ce jour il me doit épouser.

ATALIDE.

Vous épouser! Oh ciel! que pré tendez-vous faire?

ROXANE.

Je sais que des sultans lusage mest contraire ;

Je sais quils se sont fait une superbe loiDe ne point à lhymen assujettir leur foi.

Parmi tant de beautés qui briguent leur tendresse,lis daignent quelquefois choisir une maîtresse :