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Théâtre complet de J. Racine
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BAJAZET.

I

*

Lembarras Irritant de ne soser parler,

Même témérité, péril, craintes communes.

Lièrent pour jamais leurs cœurs et leurs fortunes.

Ceux mêmes dont les yeux le devaient éclairer,

Sortis de leur devoir, nosèrent y rentrer.

OSMIN.

Quoi ! Roxane dabord leur découvrant son âmeOsa-t-elle à leurs yeux faire éclater sa flamme?

ACOMAT.

Ils lignorent encore; et jusques à ce jourAtalide a prêté son nom à cet amour.

Du père dAmurat Atalide est la nièce ;

Et même, avec ses fils partageant sa tendresse,

Elle a vu son enfance élevée avec eux.

Du prince, en apparence, elle reçoit les vœux ;

Mais elle les reçoit pour les rendre à Roxane,

Et veut bien , sous son nom , quil aime la sultane.Cependant, cher Osmin, pour sappuyer de moi,

Lun et lautre ont promis Atalide à ma foi.

OSMIN.

Quoi ! vous laimez, seigneur !

ACOMAT.

Voudrais-tu quà mon âgeJe fisse de lamour le vil apprentissage?

Quun coeur quont endurci la fatigue et les ansSuivit dun vain plaisir les conseils imprudents ?

Cest par dautres attraits quelle plaît à ma vue :jaime en elle le sang dont elle est descendue.

Par elle Bajazet, en mapprochant de lui,

Me va contre lui-même assurer un appui.

Un vizir aux sultans fait toujours quelque ombrage ;

A peine ils lont choisi, quils craignent leur ouvrageSa dépouille est un bien quils veulent recueillir,

Et jamais leurs chagrins ne nous laissent vieillir.Bajazet aujourdhui mhonore et me caresse ;

Ses périls tous les jours éveillent sa tendresse.

Ce même Bajazet, sur le trûne affermi,

Méconnaîtra peut-être un inutile ami.

Et moi, si mon devoir, si ma foi ne larrête,

Sil ose quelque jour me demander ma tête...

Je ne mexplique point, Osmin ; mais je prétends

l... i.