ACTE I, SCÈNE I.
Et goûter, tout sanglant, le plaisir et la gloireQue donne aux jeunes cœurs la première victoire.Mais, malgré ses soupçons, le cruel Amurat,
Avant qu’un fils naissant eût rassuré l’État,
N’osait sacrifier ce frère h sa vengeance,
Ni du sang ottoman proscrire l’espérance.
Ainsi donc pour un temps Amurat désarméLaissa dans le sérail Bajazet enfermé.
11 partit, et voulut que, fidèle à sa haine,
Et des jours de son frère arbitre souveraine,
Roxane, au moindre bruit, et sans autres raisons,
Le fit sacrifier il ses moindres soupçons.
Pour moi, demeuré seul, une juste colèreTourna bientôt mes vœux du côté de son frère.J’entretins la suliane, et, cachant mon dessein,
Lui montrai d’Amurat le retour incertain,
Les murmures du camp, la fortune des armes :
Je plaignis Bajazet ; je lui vantai ses charmes,
Qui, par un soin jaloux dans l’ombre retenus,
Si voisins de ses yeux , leur étaient inconnus.
Que te dirai-je enfin? la sultane éperdueN’eut plus d’autre désir que celui de sa vue.
ossim.
Mais pouvaient-ils tromper tant de jaloux regardsQui semblent mettre entre eux d’invincibles remparts?
ACOMAT.
Peut-être il te souvient qu’un récit peu fidèleDe la mort d’Amurat fit courir la nouvelle.
La sultane, à ce bruit feignant de s’effrayer,
Par des cris douloureux eut soin de l’appuyer.
Sur la foi de ses pleurs ses esclaves tremblèrent;
De l’heureux Bajazet les gardes se troublèrent ;
Et, les dons achevant d’ébranler leur devoir,
Leurs captifs dans ce trouble osèrent s’entrevoir.Roxane vit le prince ; elle ne put lui taireL’ordre dont elle seule était dépositaire.
Bajazet est aimable; il vit que son salutDépendait de lui plaire ; et bientôt il lui plut.
Tout conspirait pour lui : ses soins, sa complaisance,Ce secret découvert, et cette intelligence,
Soupirs d’autant plus doux qu'il les fallait celer,