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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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333
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ACTE I, SCÈNE I.

Et goûter, tout sanglant, le plaisir et la gloireQue donne aux jeunes cœurs la première victoire.Mais, malgré ses soupçons, le cruel Amurat,

Avant quun fils naissant eût rassuré lÉtat,

Nosait sacrifier ce frère h sa vengeance,

Ni du sang ottoman proscrire lespérance.

Ainsi donc pour un temps Amurat désarméLaissa dans le sérail Bajazet enfermé.

11 partit, et voulut que, fidèle à sa haine,

Et des jours de son frère arbitre souveraine,

Roxane, au moindre bruit, et sans autres raisons,

Le fit sacrifier il ses moindres soupçons.

Pour moi, demeuré seul, une juste colèreTourna bientôt mes vœux du côté de son frère.Jentretins la suliane, et, cachant mon dessein,

Lui montrai dAmurat le retour incertain,

Les murmures du camp, la fortune des armes :

Je plaignis Bajazet ; je lui vantai ses charmes,

Qui, par un soin jaloux dans lombre retenus,

Si voisins de ses yeux , leur étaient inconnus.

Que te dirai-je enfin? la sultane éperdueNeut plus dautre désir que celui de sa vue.

ossim.

Mais pouvaient-ils tromper tant de jaloux regardsQui semblent mettre entre eux dinvincibles remparts?

ACOMAT.

Peut-être il te souvient quun récit peu fidèleDe la mort dAmurat fit courir la nouvelle.

La sultane, à ce bruit feignant de seffrayer,

Par des cris douloureux eut soin de lappuyer.

Sur la foi de ses pleurs ses esclaves tremblèrent;

De lheureux Bajazet les gardes se troublèrent ;

Et, les dons achevant débranler leur devoir,

Leurs captifs dans ce trouble osèrent sentrevoir.Roxane vit le prince ; elle ne put lui taireLordre dont elle seule était dépositaire.

Bajazet est aimable; il vit que son salutDépendait de lui plaire ; et bientôt il lui plut.

Tout conspirait pour lui : ses soins, sa complaisance,Ce secret découvert, et cette intelligence,

Soupirs dautant plus doux qu'il les fallait celer,