Druckschrift 
Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
314
Einzelbild herunterladen
 

BÉRÉNICE.

31 i

TITUS.

Je les compte pour rien ! Ali ciel ! quelle injustice !

BÉRÉNICE.

Quoi ! pour dinjustes lois que vous pouvez changer,

En déternels chagrins vous-même vous plonger !

Rome a ses droits, seigneur, navez-vous pas les vôtres?Ses intérêts sont-ils plus sacrés que les nôtres?

Dites, parlez.

TITUS.

Hélas ! que vous me déchirez!

BÉRÉNICE.

A'ous êtes empereur, seigneur, et vous pleurez !

TITUS.

Oui, madame, il est vrai, je pleure, je soupire,

Je frémis. Mais enfin, quand jacceptai lempire,

Rome me fit jurer de maintenir ses droits.

II les faut maintenir. Déjà plus dune foisRome a de mes pareils exercé la constance.

Ah! si vous remontiez jusques à sa naissance,

Vous les verriez toujours à ses ordres soumis :

Lun, jaloux de sa foi, va chez les ennemisChercher, avec la mort, la peine toute prête ;

Duu fils victorieux lautre proscrit la tète ;

Lautre, avec des yeux secs et presque indifférents,

Voit mourir ses deux fils par son ordre expirants.Malheureux ! Mais toujours la patrie et la gloireOnt parmi les Romains remporté la victoire.

Je sais quen vous quittant le malheureux TitusPasse laustérité de toutes leurs vertus ;

Quelle napproche point de cet effort insigne :

Mais, madame, après tout, me croyez-vous indigneDe laisser un exemple à la postérité,

Qui sans de grands efforts ne puisse être imité ?

BÉRÉNICE.

Non, je crois tout facile à votre barbarie :

Je vous crois digne, ingrat ! de marracher la vie.

De tous vos sentiments mon cœur est éclairci.

Je ne vous parle plus de me laisser ici :

Qui ? moi, jaurais voulu, honteuse et méprisée,

Dun peuple qui me hait soutenir la risée ?

Jai voulu vous pousser jusques à ce refus.