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Théâtre complet de J. Racine
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313
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ACTE IV, SCÈNE V.

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,Seigneur, que tant de mers me séparent de vous;

Que le jour recommence et que le jour finisseSans que jamais Titus puisse voir Bérénice,

Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?

Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus!Lingrat, de mon départ consolé par avance,

Daignera-t-il compter les jours de mon absence?

Ces jours si longs pour moi lui sembleront trop courts.TITUS.

Je naurai pas, madame, à compter tant de jours-.

Jespère que bientôt la triste renomméeVous fera confesser que vous étiez aimée.

Vous verrez que Titus na pu , sans expirer...

BÉRÉNICE.

Ab seigneur! sil est vrai., pourquoi nous séparer?

Je ne vous parle point dun heureux hyménée :

Borne à ne vous plus voir ma-t-elle condamnée?

Pourquoi menviez-vous lair que vous respirez?

TITUS.

Hélas ! vous pouvez tout, madame. Demeurez :

Je ny résiste point. Mais je sens mafaiblesse :

11 faudra vous combattre et vous craindre sans cesse,

Et sans cesse veiller à retenir mes pas,

Que vers vous à toute heure entraînent vos appas.

Que dis-je? En ce moment, mon cœur, hors de lui-méme ,Soublie, et se souvient seulement quil vous aime.

BÉRÉNICE.

Eh bien, seigneur, eh bien, quen peut-il arriver?Voyez-vous les Romains prêts à se soulever ?

TITUS.

Et qui sait de quel œil ils prendront cette injure?

Sils parlent, si les cris succèdent au murmure,

Eaudra-t-il par le sang justifier mon choix?

Sils se taisent, madame, et me vendent leurs lois,

A quoi mexposez-vous? par quelle complaisanceFaudra-t-il quelquejour payer leur patience?

Que noseront-ils point alors me demander?

Maintiendrai-je des lois que je ne puis garder?

BÉRÉNICE.

Vous ne comptez pour rien les pleurs de Bérénice.

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