ACTE IV, SCÈNE VI.
C’en est fait, et bientôt vous ne me craindrez plus.N’attendez pas ici que j’éclate en injures,
Que j’atteste le ciel, ennemi des parjures ;
Non : si le ciel encore est touché de mes pleurs,
Je le prie, en mourant, d’oublier mes douleurs.
Si je forme des voeux contre votre injustice,
Si, devant que mourir, la triste BéréniceVous veut de son trépas laisser quelque vengeur,
Je ne le cherche, ingrat, qu’au fond de votre cœur.Je sais que tant d’amour n’en peut être effacée ;
Que ma douleur présente, et ma bonté passée,
Mon sang qu’en ce palais je veux même verser,
Sont autant d’ennemis que je vais vous laisser :
Et, sans me repentir de ma persévérance,
Je me remets sur eux de toute ma vengeance.Adieu.
SCÈNE VI.
TITUS, PAULIN.
PAULIN.
Dans quel dessein vient-elle de sortir,
Seigneur? Est-elle enfin disposée à partir?
TITUS.
Paulin, je suis perdu ! je n’y pourrai survivre,
La reine veut mourir. Allons, il faut la suivre.
Courons à son secours.
PAULIN.
Hé quoi ! n’avez-vous pasOrdonné dès tantôt qu’on observe ses pas?
Ses femmes, à toute heure autour d’elle empressées,Sauront la détourner de ces tristes pensées.
Non, non, ne craignez rien. Voilà les plus grands coups,Seigneur ; continuez, la victoire est à vous.
Je sais que sans pitié vous n’avez pu l’entendre;Moi-même en la voyant je n’ai pu m’en défendre.
Mais regardez plus loin : songez, en ce malheur,
Quelle gloire va suivre un moment de douleur,
Quels applaudissements l’univers vous prépare,
Quel rang dans l’avenir...
DIS