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Théâtre complet de J. Racine
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289
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ACTE II, SCÈNE 11.

TITUS.

Et je l’ai vue aussi cette cour peu sincère,

A ses maîtres toujours trop soigneuse de plaire,Des crimes de Néron approuver les horreurs ;

Je l’ai vue à genoux consacrer ses fureurs.

Je ne prends point pour juge une cour idolâtre,Paulin : je me propose un plus ample théâtre ;Et, sans prêter l’oreille à la voix des flatteurs,

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TITUS.

Et je l’ai vue aussi cette cour peu sincère,

Des crimes de Néron approuver les horreurs ;Je l’ai vue à genoux consacrer ses fureurs.

Je ne prends point pour juge une cour idolâtre,Paulin : je me propose un plus ample théâtre ;Et, sans prêter l’oreille à la voix des flatteurs,

Je veux par votre bouche entendre tous les cœurs ;

Vous me l’avez promis. Le respect et la crainteFerment autour de moi le passage à la plainte :

Pour mieux voir, cher Paulin, et pour entendre mieux ,Je vous ai demandé des oreilles, des yeux ;

J’ai mis même à ce prix mon amitié secrète :

J’ai voulu que des cœurs vous fussiez l’interprète ;

Qu’au travers des flatteurs votre sincéritéFît toujours jusqu’à moi passer la vérité.

Parlez donc. Que faut-il que Bérénice espère?

Rome lui sera-t-elle indulgente ou sévère?

Dois-je croire qu’assise au trône des CésarsUne si belle reine offensât ses regards?

Rome ne l’attend point pour son impératrice.

On sait qu’elle est charmante, et de si belles mainsSemblent vous demander l’empire des humains;Elle a même, dit-on, le cœur d’une Romaine,

Elle a mille vertus : mais, seigneur, elle est reine.Rome, par une loi qui ne se peut changer,

N’admet avec son sang aucun sang étranger,

Et ne reconnaît point les fruits illégitimes

Qui naissent d’un hymen contraire à ses maximes.

Rome à ce nom, si noble et si saint autrefois,

Et quoiqu’à ses Césars fidèle, obéissante,Cette haine, seigneur, reste de sa fierté,Survit dans tous les cœurs après la liberté.Jules, qui le premier la soumit à ses armes,Qui fit taire les lois dans le bruit des alarmes,Brilla pour Cléopâtre; et, sans se déclarer,

PAULIN.

N’en doutez point, seigneur : soit raison, soit caprice

D’ailleurs, vous le savez, en bannissant ses rois,

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Attacha pour jamais une haine puissante;

HACtiNF..

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