Druckschrift 
Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
290
Einzelbild herunterladen
 

290

BÉRÉNICE.

Seule dans l’Orient la laissa sonpirer.

Antoine, qui l’aima jusqu’à l’idolâtrie,

Oublia dans son sein sa gloire et sa patrie,

Sans oser toutefois se nommer son époux :

Rome l’alla chercher jusques à ses genoux,

Et ne désarma point sa fureur vengeresseQu’elle n’eût accablé l’amant et la maltresse.Depuis ce temps, seigneur, Caligula, Néron,Monstres dont à regret je cite ici le nom,

Et qui, ne conservant que la figure d’homme,Foulèrent à leurs pieds toutes les lois de Rome,

Ont craint cette loi seule, et n’ont point à nos yeuxAllumé le flambeau d’un hymen odieux.

Vous m’avez commandé surtout d’être sincère.

De l’affranchi Pallas nous avons vu le frère,

Des fers de Claudius Félix encor flétri,

De deux reines, seigneur, devenir le mari;

Et, s’il faut jusqu’au bout que je vous obéisse,

Ces deux reines étaient du sang de Bérénice.

Et vous croiriez pouvoir, sans blesser nos regards,Faire entrer une reine au lit de nos Césars,

Tandis que l’Orient dans le lit de ses reinesVoit passer un esclave au sortir de nos chaînes !C’est ce que les Romains pensent de votre amour.Et je ne réponds pas, avant la fin du jour,

Que le sénat, chargé des vœux de tout l’empire,

Ne vous redise ici ce que je viens de dire,

Et que Rome avec lui, tombant à vos genoux,

Ne vous demande un choix digne d’elle et de vousVous pouvez préparer, seigneur, votre réponse.

TITUS.

Hélas ! à quel amour on veut que je renonce 1

PAULIN.

Cet amour est ardent, il le faut confesser.

TITUS.

Plus ardent mille fois que tu ne peux penser,Paulin, .le me suis fait un plaisir nécessaireDe la voir chaque jour, de l’aimer, de lui plaire.

J’ai fait plus (je n’ai rien de secret à tes yeux ),

J’ai pour elle cent fois rendu grâces aux dieuxD’avoir choisi mon père au fond de l’idumée,