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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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259
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ACTE IV, SCÈNE IV.

Et, si je m’eu croyais, ce triomphe indiscretSerait bientôt suivi d’un éternel regret.

Mais de tout l’univers quel sera le langage?

Sur les pas des tyrans veux-tu que je m’engage,

Et que Rome, effaçant tant de titres d’honneur,

Me laisse pour tous noms celui d’empoisonneur?

Ils mettront ma vengeance au rang des parricides.

NARCISSE.

Et prenez-vous, seigneur, leurs caprices pour guides?Avez-vous prétendu qu’ils se tairaient toujours?Est-ce à vous de prêter l’oreille à leurs discours ?

De vos propres désirs perdrez-vous la mémoire?

Et serez-vous le seul que vous n’oserez croire?

Mais, seigneur, les Romains ne vous sont pas connus ;Non, non : dans leurs discours ils sont plus retenus.Tant de précaution affaiblit votre règne :

Ils croiront, en effet, mériter qu’on les craigne.

Au joug, depuis longtemps, ils se sont façonnés;

Ils adorent la main qui les tient enchaînés.

Vous les verrez toujours ardents à vous complaire :Leur prompte servitude a fatigué Tibère.

Moi-même, revêtu d’un pouvoir empruntéQue je reçus de Claude avec la liberté,

J’ai cent fois, dans le cours do ma gloire passée,

Tenté leur patience, et ne l’ai point lassée.

D'un empoisonnement vous craignez la noirceur?Faites périr le frère, abandonnez la sœur :

Rome sur les autels prodiguant les victimes,Fussent-ils innocents, leur trouvera des crimes ;

Vous verrez mettre au rang des jours infortunésCeux où jadis la sœur et le frère sont nés.

NÉRON.

Narcisse, encore un coup, je ne puis l’entreprendre.J’ai promis ù Burrhus, il a fallu me rendre.

Je ne veux point encore, en lui manquant de foi,Donner ù sa vertu des armes contre moi.

J’oppose ù ses raisons un courage inutile ;

Je ne l’écoute point avec un cœur tranquille.

NARCISSE.

Burrhus ne pense pas, seigneur, tout ce qu’il dit :

Son adroite vertu ménage son crédit.

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