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BRITANN'ICUS.
Songez-vous dans quel sang vous allez vous baigner ?
Néron dans tous les cœurs est-il las de régner?
Que dira-t-on de vous? Quelle est votrepensée?
NÉRON.
Quoi ! toujours enchaîné de ma gloire passée,
J’aurai devant les yeux je ne sais quel amourQue le hasard nous donne et nous ôte en un jour?
Soumis à tous leurs vœux, à mes désirs contraire,
Suis-je leur empereur seulement pour leur plaire?
BURRUUS.
Et ne suffît-il pas, 6eigneur, à vos souhaitsQue le bonheur public soit un de vos bienfaits?
C’est à vous à choisir, vous ôtes encor maître.
Vertueux jusqu’ici, vous pouvez toujours l’ôtre :
Le chemin est tracé, rien ne vous retient plus ;
Vous n’avez qu’à marcher de vertus en vertus.
Mais si de vos flatteurs vous suivez la maxime,
11 vous faudra, seigneur, courir de crime en crime,Soutenir vos rigueurs par d’autres cruautés,
Et laver dans le sang vos bras ensanglantés.
Britannicus mourant excitera le zèle
De ses amis, tout prêts à prendre sa querelle.
Ces vengeurs trouveront de nouveaux défenseurs,
Qui, môme après leur mort, auront des successeurs :
Vous allumez un feu qui ne pourra s’éteindre.
Craint de tout l’univers, il vous faudra tout craindre.Toujours punir, toujours trembler dans vos projets,
Et pour vos ennemis compter tous vos sujets.
Ah ! de vos premiers ans l’heureuse expérienceVous fait-elle, seigneur, lia'ir votre innocence?
Songez-vous au bonheur qui les a signalés ?
Dans quel repos, oh ciel ! les avez-vous coulés !
Quel plaisir de penser et de dire en vous-même :
« Partout en ce moment on me bénit, on m’aime;
« On ne voit point le peuple à mon nom s’alarmer;
« Le ciel dans tous leurs pleurs ne m’entend point nommer« Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage;
« Je vois voler partout les cœurs à mon passage 1 »
Tels étaient vos plaisirs. Quel changement, oh dieux 1Le sang le plus abject vous était précieux :
Un jour, il m’en souvient, le sénat équitable