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Théâtre complet de J. Racine
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BRIIANNICUS.

N’ont arraché de vous que de feintes caresses.

Rien ne vous a pu vaincre; et votre duretéAurait dû dans son cours arrêter ma bonté-Que je suis malheureuse I Et par quelle infortuneFaut-il que tous mes soins me rendent importune 1Je n’ai qu’un fils : ô ciel, qui m’entends aujourd’hui,T’ai-je fait quelques vœux, qui ne fussent pour lui?Remords, crainte, périls, rien ne m’a retenue.

J’ai vaincu ses mépris; j’ai détourné ma vueDes malheurs qui dès lors me furent annoncés ;

J’ai fait ce que j’ai pu : vous régnez, c’est assez.

Avec ma liberté, que vous m’avez ravie,

Si vous le souhaitez, prenez encor ma vie,

Pourvu que par ma mort tout le peuple irritéNe vous ravisse pas ce qui m’a tant coûté.

NÉRON.

Eh bien donc, prononcez. Que voulez-vous qu’on fasse?

AGRIPPINE.

De mes accusateurs qu’on punisse l’audace ;

Que de Britannieus on calme le courroux;

Que Junie à son choix puisse prendre un époux ;

Qu’ils soient libres tous deux; et que Pallas demeure;Que vous me permettiez de vous voir à toute heure ;

(apercevant Burrhus dans le fond du théâtre.)

Que ce même Burrhus, qui nous vient écouter,

A votre porte enfin n’ose plus m’arrêter.

NÉRON.

Oui, madame, je veux que ma reconnaissanceDésormais dans les cœurs grave votre puissance ;

Et je bénis déjà cette heureuse froideurQui de notre amitié va rallumer l’ardeur.

Quoi que Pallas ait fait, il suffit, je l’oublie :

Avec Britannieus je me réconcilie ;

Et, quant à cet amour qui nous a séparés,

Je vous fais notre arbitre, et vous nous jugerez.

Allez donc, et portez cette joie h mon frère.

Gardes, qu’on obéisse aux ordres de ma mère!