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Théâtre complet de J. Racine
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BRITANNICUS.

SCÈNE III.

NÉRON, J UNIE.

NÉRON.

Vous vous trouble/., madame, et change/ de visage :Lisez-vous dans mes yeux quelque triste présage?

JUNIE.

Seigneur, je ne vous puis déguiser mon erreur ;.l'allais voir Octavie, et non pas l'empereur.

NÉH0N.

te le sais bien, madame, et nai pu sans envieApprendre vos bontés pour lheureuse Octavie.

JUNIE.

Vous, seigneur?

NÉRON.

Pensez-vous, madame, quen ces lieuxSeule pour vous connaître Octavie ait des yeux ?

JUNIE.

Et quel autre, seigneur, voulez-vous que jimplore?

A qui demanderai-je un crime que jignore?

Vous qui le punissez, vous ne lignorez pas :

De grâce, apprenez-moi, seigneur, mes attentats.

NÉRON.

Quoi, madame ! est-ce donc une légère offenseDe mavoir si longtemps caché votre présence?

Ces trésors dont le ciel voulut vous embellir,

Les avez-vous reçus pour les ensevelir?

Lheureux Britannicus verra-t-il sans alarmesCroître, loin de nos yeux, son amour et vos charmes?Pourquoi, de cette gloire exclu jusquà ce jour,

Mavez-vous, sans pitié, relégué dans ma cour?

On dit plus; vous souffrez, sans en être offensée,

Quil vous ose, madame, expliquer sa pensée :

Car je ne croirai point que sans me consulterLa sévère Junie ait voulu le flatter,

Ni quelle ait consenti daimer et dCtre aimée,

Sans que jen sois instruit que par la renommée.

JUNIE.

Je ne vous nierai point, seigneur, que ses soupirsMont daigné quelquefois expliquer ses désirs.