100
ANDROMAQUE.
Tout le peuple assemblé nous poursuit à main forte.
Aux ordres d’Andromaque ici tout est soumis ;
Ils la traitent en reine, et nous comme ennemis.Andromaque elle-même, à Pyrrhus si rebelle,
Lui rend tous les devoirs d’une veuve fidèle,
Commande qu’on le venge ; et peut-être sur nousVeut venger Troie encore et son premier époux.
Allons, n’attendons pas que l’on nous environne ;
Nos Grecs nous rejoindront : et tandis qu’HermioneTient encore le peuple autour d’elle arrêté,
Voilà notre chemin, sortons en sûreté.
OHESTE.
Non, non, c’est Hermione, amis, que je veux suivre !
A son dernier arrêt je ne puis plus survivre ;
Partez : j’ai fait le crime, et je vais l’expier.
TYTADE.
Hermione, seigneur? il la faut oublier.
Quoi ! toujours l’instrument et l’objet de sa rage,Cherchez-vous chez les moits quelque nouvel outrage?
Et parce qu’elle meurt faut-il que vous mouriez?
on ESTE.
Elle meurt ! dieux ! qu’entends-je ?
PYLADE.
Hé quoi ! vous l’ignoiiez?
En rentrant dans ces lieux, nous l’avons rencontréeQui courait vers le temple, inquiète, égarée.
Elle a trouvé Pyrrhus porté sur des soldatsQue son sang excitait à venger son trépas.
Sans doute à cet objet sa rage s’est émue.
Hais du haut de la porte enfin nous l’avons vue,
Un poignard à la main, sur Pyrrhus se courber,
Lever les yeux au ciel, se frapper, et tomber.
ORESTE.
Grâce aux dieux, mon malheur passe mon espérance!
Oui, je te loue, ô ciel, de ta persévérance.
Appliqué sans relâche au soin de me punir,
Au comble des douleurs tu m’as fait parvenir :
Ta haine a pris plaisir à former ma misère ;
J’étais né pour servir d’exemple à ta colère,
Pour être du malheur un modèle accompli -,
Eh bien ! je meurs content, et mon sort est rempli.