ANDROMAQUË.
15fi
HEUMIONE.
Le perfide ! il mourra. Mais que t’a dit Oreste?
CLÉONE.
Oreste avec ses Grecs dans le temple est entré.
IIEKMIONE.
Eh bien? à me venger n’est-il pas préparé?
CLÉONE.
Je ne sais.
IIEIIMIONE.
Tu ne sais ! Quoi donc ! Oreste encore,Oreste me trahit?
CLÉONE.
Oreste vous adore ;
Mais de mille remords son esprit combattuCroit tantôt son amour et tantôt sa vertu.
11 respecte en Pyrrhus l’honneur du diadème ;
Il respecte en Pyrrhus Achille et Pyrrhus même :
11 craint les Grecs, il craint l’univers en courroux;Mais il se craint, dit-il, soi-même plus que tous.
11 voudrait en vainqueur vous apporter sa tête :
Le seul nom d’assassin l’épouvante et l’arrête.
Enfin il est entré, sans savoir dans son cœurS’il en devait sortir coupable ou spectateur.
HERMIONE.
Non, non, il les verra triompher sans obstacle ;
11 se gardera bien de troubler ce spectacle :
Je sais de quels remords son courage est atteint;
Le lâche craint la mort, et c’est tout ce qu’il craint.Quoi ! sans qu’elle employât une seule prière,
Ma mère en sa faveur arma la Grèce entière;
Ses yeux pour leur querelle, en dix ans de combats,Virent périr vingt rois qu’ils ne connaissaient pas :
Et moi, je ne prétends que la mort d’un parjure,
Et je charge un amant du soin de mon injure;
11 peut me conquérir à ce prix sans danger ;
Je me livre moi-même, et ne puis me venger !
Allons. C’est à moi seule à me rendre justice.
Que de cris de douleur le temple retentisse :
De leur hymen fatal troublons l’événement ;
Et qu’ils ne soient unis, s’il se peut, qu’un moment.Je ne choisirai point dans ce désordre extrême :