ACTE V, SCÈNE II.
Avant qu’on eût conclu ce fatal hyménée;
Je n’ai donc traversé tant de mers, tant d’États,Que pour venir si loin préparer son trépas,L’assassiner, le perdre? Ah! devant qu’il expire...
SCÈNE II.
HERMIONE, CLÉONE.
HERMIONE.
Ah! qu’ai-je fait, Cléone? et que viens-tu me dire?Que fait Pyrrhus ?
CLÉONE.
Il est au comble de ses voeux,
Le plus fier des mortels, et le plus amoureux.
Je l’ai vu vers le temple, où son hymen s’apprête,Mener en conquérant sa nouvelle conquête ;
Et, d’un œil où brillaient sa joie et son espoir,S’enivrer en marchant du plaisir de la voir.Andromaque, au travers de mille cris de joie,Porte jusqu’aux autels le souvenir de Troie ;Incapable toujours d’aimer et de haïr,
Sans joie et sans murmure elle semble obéir.
HERMIONE.
Et l’ingrat? jusqu’au bout il a poussé l’outrage?Mais as-tu bien, Cléone, observé son visage?Goûte-t-il des plaisirs tranquilles et parfaits?N’a-t-il point détourné ses yeux vers le palais?Dis-moi, ne t’es-tu point présentée à sa vue?L’ingrat a-t-il rougi lorsqu’il t’a reconnue?
Son trouble avouait-il son infidélité?
A-t-il jusqu’à la fin soutenu sa fierté?
CLÉONE.
Madame, il ne voit rien. Son salut et sa gloireSemblent être avec vous sortis de sa mémoire.
Sans songer qui le suit, ennemis ou sujets,
Il poursuit seulement ses amoureux projets.Autour du fils d’Hector il a rangé sa garde,
Et croit que c’est lui seul que le péril regarde.Phœnix même en répond, qui l’a conduit exprèsDans un fort éloigné du temple et du palais.
Voilà dans ses transports le seul soin qui lui reste.
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