Druckschrift 
Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
130
Einzelbild herunterladen
 

130 ANDROMAQUE.

Que je lui laisse un (ils pour nourrir son amour?

PHOENIX

Sans doute ; cest le prix que vous gardait lingrate.Mais laissez-la, seigneur.

PYRRnUS.

Je vois ce qui la flatte :

Sa beauté la rassure ; et, malgré mon courroux,Lorgueilleuse mattend encore à ses genoux.

Je la verrais aux miens, Phoenix, dun œil tranquille.Elle est veuve dHector, et je suis fils dAchille :

Trop de haine sépare Andromaque et Pyrrhus.

PHOENIX.

Commencez donc, seigneur, h ne men parler plus.Allez voir Hermione ; et, content de lui plaire,Oubliez à ses pieds jusquà votre colère.

Vous-même à cet hymen venez la disposerEst-ce sur un rival quil sen faut reposer?

Il ne laime que trop.

PYRRHUS.

Crois-tu, si je lépouse,

QuAndromaque en son cœur nen sera pas jalouse?

PHOENIX.

Quoi ! toujours Andromaque occupe votre esprit!

Que vous importe, oh dieux ! sa joie ou son dépit?Quel charme, malgré vous, vers elle vous attire?

PYRRHUS.

Non, je nai pas bien dit tout ce quil lui faut dire :

Ma colère à ses yeux na paru quà demi ;

Elle ignore à quel point je suis son ennemi.Retournons-y : je veux la braver à sa vue,

Et donner à ma haine une libre étendue.

Viens voir tous ses attraits, Phœnix, humiliés.

Allons.

PHOENIX.

Allez, seigneur, vous jeter à ses pieds :

Allez, en lui jurant que votre ûme ladore,

A de nouveaux mépris lencourager encore.

PYRRHUS.

Je le vois bien, tu crois que, prêt à lexcuser,

Mon cœur court après elle, et cherche à sapaiser.

PHOENIX.

Vous aimez : cest assez.