ACTE II, SCENE I.
Crois que je n’aime plus; vante-moi ma victoire :
Crois que dans son dépit mon cœur est endurci ;
Hélas! et, s’il se peut, fais-le-moi croire aussi!
Tu veux que je le fuie. Eh bien ! rien ne m’arrête.Allons, n’envions plus son indigne conquête :
Que sur lui sa captive étende son pouvoir.
Fuyons... Mais si l’ingrat rentrait dans son devoir;
Si la foi dans son cœur retrouvait quelque place ;
S’il venait à mes pieds me demander sa grâce ;
Si sous mes lois, Amour, tu pouvais l’engager;
S’il voulait... Mais l’ingrat ne veut que m’outrager.Demeurons toutefois pour troubler leur fortune,Prenons quelque plaisir à leur être importune :
Ou, le forçant de rompre un nœud si solennel,
Aux yeux de tous les Grecs rendons-le criminel.
J’ai déjà sur le fds attiré leur colère :
Je veux qu’on vienne encor lui demander la mère.Rendons-lui les tourments qu’elle me fait souffrir ;Qu’elle le perde ou bien qu’il la fasse périr.
CLÉONE.
Vous pensez que des yeux toujours ouverts aux larmesSe plaisent à troubler le pouvoir de vos charmes,
Et qu’un cœur accablé de tant de déplaisirsDe son persécuteur ait brigué les soupirs ?
Voyez si sa douleur en paraît soulagée :
Pourquoi donc les chagrins où son âme est plongée?Contre un amant qui plaît pourquoi tant de fierté?
IIEUJIIONE.
Hélas ! pour mon malheur, je l’ai trop écouté.
Je n’ai point du silence affecté le mystère :
Je croyais sans péril pouvoir être sincère;
Et, sans armer mes yeux d’un moment de rigueur,
Je n’ai pour lui parler consulté que mon cœur.
Et qui ne se serait comme moi déclaréeSur la foi d’une amour si saintement jurée?
Me voyait-il de l’œil qu’il me voit aujourd’hui ?
Tu l’en souviens encor, tout conspirait pour lui :
Ma famille vengée, et les Grecs dans la joie,
Nos vaisseaux tout chargés des dépouilles de Troie,lœs exploits do son père eflacés par les siens,
Ses feux que je croyais plus ardents que les miens,