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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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123
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ACTE II, SCENE I.

Crois que je naime plus; vante-moi ma victoire :

Crois que dans son dépit mon cœur est endurci ;

Hélas! et, sil se peut, fais-le-moi croire aussi!

Tu veux que je le fuie. Eh bien ! rien ne marrête.Allons, nenvions plus son indigne conquête :

Que sur lui sa captive étende son pouvoir.

Fuyons... Mais si lingrat rentrait dans son devoir;

Si la foi dans son cœur retrouvait quelque place ;

Sil venait à mes pieds me demander sa grâce ;

Si sous mes lois, Amour, tu pouvais lengager;

Sil voulait... Mais lingrat ne veut que moutrager.Demeurons toutefois pour troubler leur fortune,Prenons quelque plaisir à leur être importune :

Ou, le forçant de rompre un nœud si solennel,

Aux yeux de tous les Grecs rendons-le criminel.

Jai déjà sur le fds attiré leur colère :

Je veux quon vienne encor lui demander la mère.Rendons-lui les tourments quelle me fait souffrir ;Quelle le perde ou bien quil la fasse périr.

CLÉONE.

Vous pensez que des yeux toujours ouverts aux larmesSe plaisent à troubler le pouvoir de vos charmes,

Et quun cœur accablé de tant de déplaisirsDe son persécuteur ait brigué les soupirs ?

Voyez si sa douleur en paraît soulagée :

Pourquoi donc les chagrins son âme est plongée?Contre un amant qui plaît pourquoi tant de fierté?

IIEUJIIONE.

Hélas ! pour mon malheur, je lai trop écouté.

Je nai point du silence affecté le mystère :

Je croyais sans péril pouvoir être sincère;

Et, sans armer mes yeux dun moment de rigueur,

Je nai pour lui parler consulté que mon cœur.

Et qui ne se serait comme moi déclaréeSur la foi dune amour si saintement jurée?

Me voyait-il de lœil quil me voit aujourdhui ?

Tu len souviens encor, tout conspirait pour lui :

Ma famille vengée, et les Grecs dans la joie,

Nos vaisseaux tout chargés des dépouilles de Troie,lœs exploits do son père eflacés par les siens,

Ses feux que je croyais plus ardents que les miens,