122 ANDROMAQUE.
Elle me dédaignait; un autre l'abandonne :L’ingrate, qui meltait son cœur à si haut prix ,Apprend donc, à son tour, à souffrir des mépris iAli dieux !
CLÉONE.
Ali 1 dissipez ces indignes alarmes :
Il a trop bien senti le pouv oir de vos charmes.
Vous croyez qu’un amant vienne vous insulter?
11 vous rapporte un cœur qu’il n’a pu vous Ôter.
Mais vous ne dites point ce que vous mande un père.
IIERMIONE.
Dans ses relardements si Pyrrhus persévère,
A la mort du Troyen s’il ne veut consentir,
Mon père avec les Grecs m’ordonne de partir.
CLÉONE.
Eh bien, madame, eh bien, écoutez donc Oreste.Pyrrhus a commencé; faites au moins le reste.
Pour bien faire il faudrait que vous le prévinssiez •
Ne m’avez-vous pas dit que vous le haïssiez?
IIERMIONE.
Si je le hais, Cléone ! il y va de ma gloire,
Après tant de bontés dont il perd la mémoire ;
Lui qui me fut si cher, et qui m’a pu trahir !
Ah! je l’ai trop aimé, pour ne le point haïr.
CLÉONE.
Fuyez-ledonc, madame; et puisqu’on vous adore...
IIERMIONE.
Ah ! laisse à ma fureur le temps de croître encore;Contre mon ennemi laisse-moi m’assurer :
Cléone, avec horreur je m’en veux séparer.
11 n’y travaillera que trop bien, l’infidèle !
CLÉONE.
Quoi! vous en attendez quelque injure nouvelle?Aimer une captive, et l’aimer à vos yeux,
Tout cela n’a donc pu vous le rendre odieux?
Après ce qu’il a fait, que saurait-il donc faire?
11 vous aurait déplu, s’il pouvait vous déplaire.
IIERMIONE.
Pourquoi veux-tn, cruelle, irriter mes ennuis?
Je crains de me connaître en l’état où je suis.
De tout ce que lu vois tâche de ne rien croire :