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Théâtre complet de J. Racine
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115
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ACTE I, SCÈNE II.

Et, la llamme à la main, les suivre sur les eaux.

Oserai-je, seigneur, dire ce que je pense?

Vous-même de vos soins craignez la récompense,

Et que dans votre sein ce serpent élevéNe vous punisse un jour de lavoir conservé.

Enfin, de tous les Grecs satisfaites lenvie,

Assurez leur vengeance, assurez votre vie :

Perdez un ennemi dautant plus dangereuxQuil sessayera sur vous à combattre contre eux.

pyp.Rnus.

La Grèce en ma faveur est trop inquiétée :

De soins plus importants je lai crue agitée,

Seigneur ; et, sur le nom de son ambassadeur,

Javais dans ses projets conçu plus de grandeur.

Qui croirait en effet quune telle entrepriseDu fils dAgamemnon méritât lentremise ;

Quun peuple tout entier, tant de fois triomphant,

Neût daigné conspirer que la mort dun enfant?

Mais à qui prétend-on que je le sacrifie?

La Grèce a-t-elle encor quelque droit sur sa vie?

Et seul de tous les Grecs ne mest-il pas permisDordonner des captifs que le sort ma soumis ?

Oui, seigneur, lorsquau pied des murs fumants de TroieLes vainqueurs tout sanglants partagèrent leur proie,

Le sort, dont les arrêts furent alors suivis,

Fit tomber en mes mains Andromaque et son fils.

Hécube près dUlysse acheva sa misère ;

Cassandre dans Argos a suivi votre père :

Sur eux, sur leurs captifs, ai-je étendu mes droits?

Ai-je enfin disposé du fruit de leurs exploits?

On craint quavec Hector Troie un jour ne renaisse !

Son fils peut me ravir le jour que je lui laisse !

Seigneur, tant de prudence entraîne trop de soin ;

Je ne sais point prévoir les malheurs de si loin.

Je songe quelle était autrefois cette villeSi superbe en remparts, en héros si fertile,

Maîtresse de lAsie ; et je regarde enfinQuel fut le sort de Troie, et quel est son destin :

Je ne vois que des tours que la cendre a couvertes,

Un fleuve teint de sang, des campagnes désertas,

Un enfant dans les fers ; et je ne puis songer