ACTE I, SCÈNE I.
Au lieu île le haïr, au lieu de m’y contraindre,
De mon trop de rigueur je vous ai vu vous plaindre;Vous m’avez engagée à souffrir son amour,
Et peut-être, mon frère, à l’aimer à mon tour.
TAXILE.
Vous pouvez, sans rougir du pouvoir de vos charmes,[forcer ce grand guerrier à vous rendre les armes;
Et, sans que votre cœur doive s’en alarmer,
Le vainqueur de l’Euphrate a pu vous désarmer :
Mais l’État aujourd’hui suivra ma destinée ;
Je tiens avec mon sort sa fortune enchaînée;
Et, quoique vos conseils tâchent de me fléchir,
Je dois demeurer libre afin de l’affranchir.
Je sais l’inquiétude où ce dessein vous livre :
Mais comme vous, ma soeur, j’ai mon amour à suivre.Les beaux yeux d’Axiane, ennemis de la paix,
Contre votre Alexandre arment tous leurs attraits :Reine de tous les cœurs, elle met tout en armesPour cette liberté que détruisent ses charmes ;
Elle rougit des fers qu’on apporte en ces lieux,
Et n’y saurait souffrir de tyrans que ses yeux.
Il faut servir, ma sœur, son illustre colère;
11 faut aller...
CLÉOFILE.
Eh bien! perdez-vous pour lui plaire;
De ces tyrans si chers suivez l’arrêt fatal,
Servez-les : ou plutôt servez votre rival;
De vos propres lauriers souffrez qu’on le couronne;Combattez pour Porus, Axiane l’ordonne;
Et, par de beaux exploits appuyant sa rigueur,
Assurez à Porus l’empire de son cœur.
TAXILE.
Ah ma sœur! croyez-vous que Porus...
CLÉOFILE.
Mais vous-même
Doutez-vous en effet qu’Axiane ne l’aime?
Quoi! ne voyez-vous pas avec quelle chaleurL’ingrate à vos yeux môme étale sa valeur?
Quelque brave qu’on soit, si nous la voulons croire,
Ce n’est qu’autour de lui que vole la victoire :
Vous formeriez sans lui d’inutiles desseins;