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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
62
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02

ALEXANDRE.

Et qui, sans balancer sur un si noble choix,

Sauront également vivre ou mourir en rois?

En voyez-vous un seul qui, sans rien entreprendre,Se laisse terrasser au seul nom dAlexandre,

Et, le croyant déjà maître de lunivers,

Aille, esclave empressé, lui demander des fers?

Loin de sépouvanter à laspect de sa gloire,

Ils lattaqueront même au sein de la victoire

Et vous voulez, ma sœur, que Taxile aujourdhui,Tout prêt à le combattre, implore son appui!

CLÉOFILE.

Aussi nest-ce quà vous que ce prince sadresse;

Pour votre amitié seule Alexandre sempresse :

Quand la foudre sallume et sapprête à partir,

Il sefforce en secret de vous en garantir.

TAXILE.

Pourquoi suis-je le seul que son courroux ménage?

De tous ceux que lI-Iydaspe oppose à son courage,Ai-je mérité seul son indigne pitié,

Ne peut-il à Porus offrir son amitié?

Ah ! sans doute il lui croit Tâme trop généreusePour écouter jamais une offre si honteuse :

Il cherche une vertu qui lui résiste moins ;

Et peut-être il me croit plus digne de ses soins.

CLÉOFILE.

Dites, sans laccuser de chercher un esclave,

Que de ses ennemis il vous croit le plus brave;

Et quen vous arrachant les armes de la main,

Il se promet du reste un triomphe certain.

Son choix à votre nom nimprime point de taches;

Son amitié nest point le partage des lâches :

Quoiquil brûle de voir tout lunivers soumis,

On ne voit point desclave au rang de ses amis.

Ah ! si son amitié peut souiller votre gloire,

Que ne mépargniez-vous une tache si noire?

Vous connaissez les soins quil me rend tous les jours,Il ne tenait quà vous den arrêter le cours.

Vous me voyez ici maîtresse de son âme ;

Cent messages secrets massurent de sa flamme :

Pour venir jusquà moi, ses soupirs embrasésSe font jour au travers de deux camps opposés.