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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
57
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ACTE V, SCÈNE V.

Un bonheur si commun na pour moi rien de doux;

Ce nest pas un bonheur, sil ne fait des jaloux.

Mais le trône est un bien dont le ciel est avare -,

Du reste des mortels ce haut rang nous sépare;

Bien peu sont honorés dun don si précieux .

La terre a moins de rois que le ciel na de dieux.

Dailleurs tu sais quIIémon adorait la princesse,

Et quelle eut pour ce prince une extrême tendresse :

Sil vivait, son amour au mien serait fatal.

En me privant dun fils, le ciel môte un rival.

Ne me parle donc plus que de sujets de joie :

Souffre quà mes transports je mabandonne en proi e ;

Et, sans me rappeler des ombres des enfers,

Dis-moi ce que je gagne, et non ce que je perds.Parle-moi de régner ; parle-moi dAntigone :

Jaurai bientôt son cœur, et jai déjà le trône.

Tout ce qui sest passé nest quun songe pour moi :

Jétais père et sujet, je suis amant et roi.

La princesse et le trône ont pour moi tant de charmes,Que... Mais Olympe vient.

ATTALE.

Dieux ! elle est tout en larmes.

SCÈNE Y.

CRÉON, OLYMPE, ATTALE, gardes.

OLYMPE.

Quattendez-vous, seigneur ? la princesse nest plus

CRÉON.

Elle nest plus, Olympe !

OLYMPE.

Ah ! regrets superflus !

Elle na fait quentrer dans la chambre prochaine;

Et du même poignard dont est morte la reine,

Sans que je pusse voir son funeste dessein,

Cette fiôre princesse a percé son beau sein -.

Elle sen est, seigneur, mortellement frappée;

Et dans son sang, hélas ! elle est soudain tombée.

Jugez à cet objet ce que jai sentir.

Mais sa belle ôme enfin, toute prête à sortir :

« Cher Héinon, cest à toi que je me sacrifie, »