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Théâtre complet de J. Racine
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LES IRÈRES ENNEMIS.

Oit-elle : et ce moment a terminé sa vie.

Jai senti son beau corps tout froid entre mes bras;Et jai cru que mon âme allait suivre ses pas.Heureuse mille fois, si ma douleur mortelleDans la nuit du tombeau meût plongée avec elle !

SCÈNE YI.

CRÉON, ATTALE, gardes.

CRÉON.

Ainsi donc vous fuyez un amant odieux,

Et vous-même, cruelle, éteignez vos beaux yeux !Vous fermez pour jamais ces beaux yeux que jadore ;Et, pour ne me point voir, vous les fermez encore!QuoiquHémon vous fût cher, vous courez au trépasBien plus pour méviter que pour suivre ses pas !

Mais, d ussiez-vous encor mêtre aussi rigoureuse,

Ma présence aux enfers vous fût-elle odieuse,

Dût après le trépas vivre votre courroux,

Inhumaine, je vais y descendre après vous.

Vous y verrez toujours lobjet de votre liaine,

Et toujours mes soupirs vous rediront ma peine,

Ou pour vous adoucir, ou pour vous tourmenter ;

Et vous ne pourrez plus mourir pour méviter.Mourons donc...

ATTALE, lui arrachant son epée.

Ali seigneur ! quelle cruelle envie 1CRÉON.

Ah ! cest massassiner que me sauver la vie !

Amour, rage, transports, venez à mon secours,Venez, et terminez mes détestables jours !

De ces cruels amis trompez tous les obstacles !

Toi, justifie, ô ciel, la foi de tes oracles !

Je suis le dernier sang du malheureux Laïus ;Perdez-moi, dieux cruels, ou vous serez déçus.Reprenez, reprenez cet empire funeste ;

Vous mûtez Antigone, ôtez-moi tout le reste :

Le trône et vos présents excitent mon courroux;

Un coup de foudre est tout ce que je veux de vous.

Ne le refusez pas à mes vœux, à mes crimes ;

Ajoutez mon supplice à tant dautres victimes.