Druckschrift 
Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
55
Einzelbild herunterladen
 

ACTE V , SCÈNE III.

Et que mon désespoir, prévenant leur colère,

EAt suivi de plus près le trépas de ma mère !

CRÉON.

Il est vrai que des dieux le courroux embraséPour nous faire périr semble sètre épuisé ;

Car enfin sa rigueur, vous le voyez, madame,

Ne maccable pas moins quelle afflige votre âme.En marracliant mes fils...

ANTIGONE.

AU ! vous régnez, Créon ;Et le trône aisément vous console dIIémon.

Mais laissez-moi, de grâce, un peu de solitude,

Et ne contraignez point ma triste inquiétudeAussi bien mes chagrins passeraient jusquà vous.Vous trouverez ailleurs des entretiens plus doux :Le trône vous attend, le peuple vous appelle ;Goûtez tout le plaisir dune grandeur nouvelle.Adieu. Nous ne faisons tous deux que nous gêner :Je veux pleurer, Créon ; et vous voulez régner.

CRÉON, arrêtant Autigonc.

Ab madame ! régnez, et montez sur le trône :

Ce haut rang nappartient quà lillustre Antigone.

ANTIGONE.

11 me tarde déjà que vous ne loccupiez.

La couronne est à vous.

CRÉON.

Je la mets à vos pieds.

ANTIGONE.

Je la refuserais de la main des dieux même ;

Et vous osez, Créon, moffrir le diadème !

CRÉON.

Je sais que ce haut rang na rien de glorieuxQui ne cède à lhonneur de loffrir à vos yeux.

I)un si noble destin je me connais indigne :

Mais si Ton peut prétendre à cette gloire insigne,

Si par dillustres faits on la peut mériter,

Que faut-il faire enfin, madame?

ANTIGONE.

Mimiter.

CRÉON.

Que ne ferais-je point pour une telle grâce!