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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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54
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M LES FRÈRES ENNEMIS.

En effet, sa douleur renouvelle sa rage,

Et bientôt le combat tourne à son avantage.

Le roi, frappé dun coup qui lui perce le flancLui cède la victoire, et tombe dans son sang.

Les deux camps aussitôt sabandonnent en proie,

Le nôtre à la douleur, et les Grecs à la joie ;

Et le peuple, alarmé du trépas de son roi,

Sur le haut de ses tours témoigne son effroi.

Polynice, tout fier du succès de son crime,

Regarde avec plaisir expirer sa victime ;

Dans le sang de son frère il semble se baigner :

« Et tu meurs, lui dit-il, et moi je vais régner.

« Regarde dans mes mains lempire et la victoire :

« Va rougir aux enfers de lexcès de ma gloire ;

« Et, pour mourir encore avec plus de regret,

« Traître, songe en mourant que tu meurs mon sujet. »En achevant ces mots, dune démarche fièreîl sapproche du roi couché sur la poussière,

Et pour le désarmer il avance le bras.

Le roi, qui semble mort, observe tous ses pas ;

Il le voit, il lattend, et son âme irritée

Pour quelque grand dessein semble sêtre arrêtée.

Lardeur de se venger flatte encor ses désirs,

Et retarde le cours de ses derniers soupirs.

Prêt à rendre la vie, il en cache le reste,

Et sa mort au vainqueur est un piège funeste :

Et, dans linstant fatal que ce frère inhumainLui veut ôter le fer quil tenait à la main,

11 lui perce le cœur; et son âme ravie,

En achevant ce coup, abandonne la vie.

Polynice frappé pousse un cri dans les airs,

Et son âme en courroux senfuit dans les enfers.

Tout mort quil est, madame, il garde sa colère,

Et lon dirait quencore il menace son frère;

Son visage, la mort a répandu ses traits,

Demeure plus terrible et plus fier que jamais.

ANTIGOXE.

Fatale ambition, aveuglement funeste!

Dun oracle cruel suite trop manifeste !

De tout le sang royal il ne reste que nous;

Et plût aux dieux, Créon, quil ne restât que vous,