ACTE V, SCÈNE [II.
Les deux princes sortaient pour s'arracher la vie ;Que d’une ardeur égale ils fuyaient de ces lieux,
Et que jamais leurs cœurs ne s’accordèrent mieux.La soif de se baigner dans le sang de leur frèreFaisait ce que jamais le sang n’avait su faire :
Far l’excès de leur haine ils semblaient réunis,
Et, prêts à s’égorger, ils paraissaient amis.
Us ont choisi d’abord, pour leur champ de bataille,Un lieu près des deux camps, au pied de la muraille.C’est là que, reprenant leur première fureur,
Ils commencent enfin ce combat plein d’horreur.D’un geste menaçant, d’un œil brûlant de rage,
Dans le sein l’un de l’autre ils cherchent un passage •Et, la seule fureur précipitant leurs bras,
Tous deux semblent courir au-devant du trépas.
Mon fils, qui de douleur en soupirait dans l’âme,
Et qui se souvenait de vos ordres, madame,
Se jette au milieu d’eux, et méprise pour vousLeurs ordres absolus qui nous arrêtaient tous.
Il leur retient le bras, les repousse, les prie,
Et pour les séparer s’expose à leur furie :
Mais il s’efforce en vain d’en arrêter le cours ;
Et ces deux furieux se rapprochent toujours.
Il lient ferme pourtant, et ne perd point courage;
De mille coups mortels il détourne l’orage,
Jusqu’à ce que du roi le fer trop rigoureux,
Soit qu’il cherchât son frère, ou ce fils malheureux,Le renverse à ses pieds prêt à rendre la vie.
ANTIGONE.
El la douleur encor ne me l’a pas ravie !
cnéON.
J’y cours, je le relève, et le prends dans mes brasEt me reconnaissant : « Je meurs, dit-il tout bas,
« Trop heureux d’expirer pour ma belle princesse.
« En vain à mon secours votre amitié s’empresse;
« C’est à ces furieux que vous devez courir :
« Séparez-les, mon père, et me laissez mourir. »
Il expire à ces mots. Ce barbare spectacleA leur noire fureur n’apporte point d’obstacle ;Seulement Polynice en paraît affligé :
« Attends, Ilémon, dit-il, lu vas être vengé. »