Druckschrift 
Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
48
Einzelbild herunterladen
 

48

LES FRÈRES ENNEMIS.

POLYNICE.

Et jai pour moi les dieux.

ÉTÉOCLE.

Les dieux de ce haut rang te voulaient interdire,

Puisquils mont élevé le premier à lempire :

Ils ne savaient que trop, lorsquils firent ce choix,

Quon veut régner toujours quand on règne une fois.

Jamais dessus le trône on ne vit plus dun maître;

11 nen peut tenir deux, quelque grand quil puisse être;

Lun des deux, tôt ou tard, se verrait renversé ;

Et dun autre soi-méme on y serait pressé.

Jugez donc, par lhorreur que ce méchant me donne,

Si je puis avec lui partager la couronne.

POLYNICE.

Et moi je ne veux plus, tant tu mes odieux,

Partager avec toi la lumière des cieux.

JOCASTE.

Allez donc, jy consens, allez perdre la vie ;

A ce cruel combat tous deux je vous convie ;

Puisque tous mes efforts ne sauraient vous changer,

Que tardez-vous ? allez vous perdre et me venger.

Surpassez, sil se peut, les crimes de vos pères :

Montrez, en vous tuant, comme vous ôtes frères ;

Le plus grand des forfaits vous a donné le jour,

Il faut quun crime égal vous larrache à son tour.

Je ne condamne plus la fureur qui vous presse;

Je nai plus pour mon sang ni pitié ni tendresse :

Votre exemple mapprend à ne le plus chérir ;

Et moi je vais, cruels, vous apprendre à mourir.

SCÈNE IV.

ANTIGONE, ÉTÉOCLE, POLYNICE, HÉMON, CRÉON.

ANTIGONE.

Madame... Oh ciel! que vois-je! Hélas! rien ne les touche!

IIÉIION.

Rien ne peut ébranler leur constance farouche.

ANTIGONE.

Princes...

ÉTÉOCLE.

Pour ce combat, choisissons quelque lieu.