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Théâtre complet de J. Racine
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ACTE IV, SCÈNE III.

JOCASTE.

Faites plus, tenez tout de votre grand courage;

Que votre bras tout seul fasse votre partage;

Et, dédaignant les p.;s des autres souverains,

Soyez, mon fds, soyez louvrage de vos mains.

Par dillustres exploits couronnez-vous vous-méme,Quun superbe laurier soit votre diadème;

Régnez et triomphez, et joignez à la foisLa gloire des héros à la pourpre des rois.

Quoi 1 votre ambition serait-elle bornéeA régner tour à tour lespace duue année?

Cherchez à ce grand cœur, que rien ne peut dompter,Quelque trône vous seul ayez droit de monter.Mille sceptres nouveaux soffrent à votre épée,

Sans que dun sang si cher nous la voyions trempée.Vos triomphes pour moi naurontrien que de doux,Et votre frère même ira vaincre avec vous.

POLYNICE.

Vous voulez que mon cœur, flatté de ces chimères,Laisse un usurpateur au trône de mes pères?

JOCASTE.

Si vous lui souhaitez en effet tant de mal,

Élevez-le vous-même à ce trône fatal.

Ce trône fut toujours un dangereux abîme ;

La foudre lenvironne aussi bien que le crime :

Votre père et les rois qui vous ont devancés ,

Sitôt quils y montaient, sen sont vus renversés.

POLYNICE.

Quand je devrais au ciel rencontrer le tonnerre,

Jy monterais plutôt que de ramper à terre.

Mon cœur, jaloux du sort de ces grands malheureux,Veut sélever, madame, et tomber avec eux.

ÉTÉOCLE.

Je saurai tépargner une chute si vaine.

POLYNICE.

Ah ! la chute, crois-moi, précédera la mienne.

JOCASTE.

Mou fils, son règne plaît.

POLYNICE.

Mais il mest odieux.

JOCASTE.

11 a pour lui le peuple.