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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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45
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ACTE IV, SCÈNE III.

Oui, cruel, et cest le dessein qui mamène ;Moi-môme à ce combat jai voulu tappeler

A tout autre quà toi je craignais den parler;

Tout autre aurait voulu condamner ma pensée,

Et personne en ces lieux ne te leût annoncée.

Je te lannonce donc. Cest à toi de prouverSi ce que tu ravis tu le sais conserver.

Montre-toi digne enfin dune si belle proie.

ÉTÉOCLE.

Jaccepte ton dessein, et laccepte avec joie ;

Créon sait-dessus quel était mon désir :

Jeusse accepté le trône avec moins de plaisir.

Je te crois maintenant digne du diadème;

Je te le vais porter au bout de ce fer môme.

JOCASTE.

Hâtez-vous donc, cruels, de me percer le sein,

Et commencez par moi votre horrible dessein :

Ne considérez point que je suis votre mère ;Considérez en moi celle de votre frère.

Si de votre ennemi vous recherchez le sang,Recherchez-en la source en ce malheureux flanc :Je suis de tous les deux la commune ennemie,Puisque votre ennemi reçut de moi la vie;

Cet ennemi, sans moi ne verrait pas le jour.

Sil meurt, ne faut-il pas que je meure à mon tour?Nen doutez point, sa mort me doit être commune;11 faut en donner deux, ou nen donner pas une;Et, sans être ni doux ni cruel à demi,

Il faut me perdre, ou bien sauver votre ennemi.

Si la vertu vous plaît, si lhonneur vous anime,Barbares, rougissez de commettre un tel crime :Ou si le crime, enfin, vous plaît tant à chacun,Barbares, rougissez de nen commettre quun.Aussi bien ce nest point que lamour vous retienneSi vous sauvez ma vie en poursuivant la sienne :Vous vous garderiez bien, cruels, de mépargner,Si je vous empêchais un moment de régner.Polynice, est-ce ainsi que Ton traite une mère?

POLYNICE.

Jépargne mon pays.

JOCASTÉ.

Et vous lue/, un frère 1