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Théâtre complet de J. Racine
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LES FRÈRES ENNEMIS.

Ils détournent la tête, et ne mécoutent pas !

Tous deux pour sattendrir ils ont lâme trop dure;Ils ne connaissent plus la voix de la nature!

(i à Polynice.)

Et vous, que je croyais plus doux et plus soumis...

rOLYNICE.

Je ne veux rien de lui que ce quil ma promis ;

Il ne saurait régner sans se rendre parjure.

JOCASTE.

Une extrême justice est souvent une injure.

Le trône vous est, je nen saurais douter ;

Mais vous le renversez en voulant y monter.

Ne vous lassez-vous point de cette affreuse guerre?Voulez-vous sans pitié désoler cette terre,

Détruire cet empire afin de le gagner?

Est-ce donc sur des morts que vous voulez régner?Tlièbes avec raison craint le règne dun princeQui de fleuves de sang inonde sa province :Voudrait-elle obéir à votre injuste loi?

Vous êtes son tyran avant quêtre son roi.

Dieux ! si devenant grand souvent on devient pire,Si la vertu se perd quand on gagne lempire,Lorsque vous régnerez, que serez-vous, hélas 1Si vous êtes cruel quand vous ne régnez pas?

rOLYNICE.

Ab ! si je suis cruel, on me force de lêtre ;

Et de mes actions je ne suis pas le maître.

Jai honte des horreurs je me vois contraint;

Et cest injustement que le peuple me craint.

Mais il finit en effet soulager ma patrie ;

De ses gémissements mon âme est attendrie.

Trop de sang innocent se verse tous les jours ;

Il faut de ses malheurs que jarrête le cours;

Et, sans faire gémir ni Thèbes ni la Grèce,

A lauteur de mes maux il faut que je madresse :

11 suffit aujourdhui de son-sang ou du mien.

10CASTE.

Du sang de votre frère?

POLYNICE.

Oui, madame, du sien ;

Il faut finir ainsi cette guerre inhumaine.