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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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20
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LES FRÈRES ENNEMIS.

ANTIGONE.

Ecoutez un peu mieux la voix de la nature.

CUÉON.

Plus loffenseur mest cher, plus je ressens linjure.

ANTIGONE.

Mais un père à ce point doit-il être emporté?

Vous avez trop de haine.

cbéon.

Et vous trop de bonté.

C'est trop parler, madame, en faveur dun rebelle.

ANTIGONE.

Linnocence vaut bien que lon parle pour elle.

CUÉON.

Je sais ce qui le rend innocenta vos yeux.

ANTIGONE.

Et je sais quel sujet vous le rend odieux.

CUÉON.

LAmour a dautres yeux que le commun des hommes.

JOCASTE.

Vous abusez, Créon, de létat nous sommes;

Tout vous semble permis : mais craignez mon courroux ;Vos libertés enfin retomberaient sur vous.

ANTIGONE.

Lintérét du public agit peu sur son âme,

Et lamour du pays nous cache une autre flamme.

Je la sais : mais, Créon, jen abhorre le cours;

Et vous ferez bien mieux de la cacher toujours.

CUÉON.

Je le ferai, madame; et je veux par avanceVous épargner encor jusques à ma présence.

Aussi bien mes respects redoublent vos mépris;

Et je vais faire place à ce bienheureux fils.

Le roi mappelle ailleurs, il faut que jobéisse.

Adieu. Faites venir Ilémonet Polynice.

JOCASTE.

Nen doute pas, méchant, ils vont venir tous deux ;Tous deux ils préviendront tes desseins malheureux.