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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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19
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ACTE I, SCÈNE V.

Vous donne pour tous (leux une haine commune.Vous inspirez au roi vos conseils dangereux,

Et vous en servez un pour les perdre tous deux.

CRÉON.

Je ne me repais point dépareilles chimères :

Mes respects pour le roi sont ardents et sincères ;Et mon ambition est de le maintenirAu trône vous croyez que je veux parvenir.

Le soin de sa grandeur est le seul qui manime ;

Je hais ses ennemis, et cest tout mon crime :Je ne men cache point. Mais, à ce que je voi,Chacun nest pas ici criminel comme moi.

JOCASTE.

Je suis mère, Créon ; et, si jaime son frère,

La personne du roi ne men est pas moins chère.De lâches courtisans peuvent bien le haïr ;

Mais une mère enfin ne peut pas se trahir.

ANTIGONE.

Vos intérêts ici sont conformes aux nôtres,

Les ennemis du roi ne sont pas tous les vôtres ;Créon, vous êtes père, et, dans ces ennemis,Peut-être songez-vous que vous avez un fils.

On sait de quelle ardeur Hémon sert Polynice.

CRÉON.

Oui, je le sais, madame, et je lui fais justice;

Je le dois, en effet, distinguer du commun,

Mais cest pour le haïr encor plus que pas un :

Et je souhaiterais, dans ma juste colère,

Que chacun le haït comme le hait son père.

ANTIGONE.

Après tout ce qua fait la valeur de son bras,Tout le monde en ce point ne vous ressemble pas

CRÉON.

Je le vois bien, madame, et cest ce qui maffligeMais je sais bien à quoi sa révolte moblige;

Et tous ces beaux exploits qui le font admirer,Cest ce qui me le fait justement abhorer.

La honte suit toujours le parti des rebelles :

Leurs grandes actions sont les plus criminelles,Us signalent leur crime en signalant leur bras ;

Et la gloire nest point les rois ne sont pas.