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Théâtre complet de J. Racine
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LES FRÈRES ENNEMIS.

CRÉON.

Leur courroux est trop grand...

JOCASTE.

Il peut être adouci.

CRÉON.

Tous deux veulent régner.

JOCASTE.

Ils régneront aussi.créon.

On ne partage point la grandeur souveraine;

Et ce nest pas un bien quon quitte et quon reprenne.joc; ste.

Lintérêt de lÉtat leur servira de loi.

CRÉON.

Lintérêt de lÉtat est de navoir quun roi,

Qui, dun ordre constant gouvernant ses provincesAccoutume à ses lois et le peuple et les princes.

Ce règne interrompu de deux rois différents,

En lui donnant deux rois, lui donne deux tyrans.

Par un ordre souvent lun à lautre contraire,

Un frère détruirait ce quaurait fait un frère :

Vous les verriez toujours former quelque attentat,

Et changer tous les ans la face de lÉtat.

Ce terme limité que lon veut leur prescrireAccroît leur violence en bornant leur empire.

Tous deux feront gémir les peuples tour à lour :

Pareils à ces torrents qui ne durent quun jour;

Plus leur cours est borné, plus ils font de ravage,

Et dhorribles dégitts signalent leur passage.

JOCASTE.

On les verrait plutôt, par de nobles projets,

Se disputer tous deux lamour de leurs sujets.

Mais avouez, Créon, que toute votre peineCest de voir que la paix rend votre atteinte vaine ;Quelle assure à mes fils le trône vous tendez,

Et va rompre le piège vous les attendez.

Comme, après leur trépas, le droit de la naissanceFait tomber en vos mains la suprême puissance,

Le sang qui vous unit aux deux princes mes filsVous fait trouver en eux vos plus grands ennemis ;

Et votre ambition, qui tend à leur fortune,