ACTE J, SCÈNE V.
Laissez, pour recevoir et pour donner ses lois,
Votre fils Ménécée, et j’en ai fait le choix :
Comme il a de l’honneur autant que de courage,
Ce choix aux ennemis ôtera tout ombrage,
Et sa vertu suffit pour les rendre assurés.
(à Créon.)
Commandez-lui, madame. Et vous, vous me suivrez.
CRÉON.
Quoi, seigneur!...
ÉTÉOCLE.
Oui, Créon, la chose est résolue.
CRÉON.
Et vous quittez ainsi la puissance absolue?
ÉTÉOCLE.
Que je la quitte, ou non, ne vous tourmentez pas ;Faites ce que j’ordonne, et venez sur mes pas.
SCÈNE V.
JOCASTE, ANTIGONE, CRÉON, OLYMPE,
CRÉON.
Qu’avez-vous fliit, madame? et par quelle conduiteForcez-vous un vainqueur à prendre ainsi la fuite?
Ce conseil va tout perdre.
JOCASTE.
11 va tout conserver;
Et par ce seul conseil Thèbes se peut sauver.
CRÉON.
Eh quoi, madame, eh quoi ! dans l’état où nous sommes,Lorsqu’avec un renfort de plus de six mille hommesLa fortune promet toute chose aux Thébains,
Le roi se laisse ôter la victoire des mains !
JOCASTE.
La victoire, Créon, n’est pas toujours si belle;
La honte et les remords vont souvent après elle.
Quand deux frères armés vont s’égorger entre eux,
Ne les pas séparer, c’est les perdre tous deux.
Peut-on faire au vainqueur une injure plus noire,
Que lui laisser gagner une telle victoire?