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Théâtre complet de J. Racine
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16
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LES FRÈRES ENNEMIS.

Ou, sil faut que mes vœux vous trouvent inflexible ,

Si la paix à ce prix vous paraît impossible,

Et si le diadème a pour vous tant dattraits,

Au moins consolez-moi de quelque heure de paixAccordez cette grâce aux larmes dune mère.

Et cependant, mon fils, jirai voir votre frèreLa pitié dans son âme aura peut-être lieu ;

Ou du moins pour jamais jirai lui dire adieu.

Dès ce même moment permettez que je sorte :

Jirai jusquà sa tente, et jirai sans escorte;tar mes justes soupirs jespère lémouvoir.

ÉTÉOCLE.

Madame, sans sortir vous le pouvez revoir;

Et si cette entrevue a pour vous tant de charmes,

Il ne tiendra quà lui de suspendre nos armes.

Vous poux'cz dès cette heure accomplir vos souhaits,

Et le faire x'enir jusque dans ce palais.

Jirai plus loin encore ; et, pour faire connaîtreQuil a tort en effet de me nommer un traître,

Et que je ne suis pas un tyran odieux,

Que lon fasse parler et le peuple et les dieux.

Si le peuple y consent, je lui cède ma place ;

Mais quil se rende enfin, si le peuple le chasse.

Je ne force personne; et jengage ma foiDe laisser aux Thébains à se choisir un roi.

SCÈNE IV.

JOCASTE, ÉTÉOCLE, ANTIGONE, CRÉON, OLYMPE.

CRÉON.

Seigneur, votre sortie a mis tout en alarmes ;

Thèbes, qui croit vous perdre, est déjà tout en larmes,Lépouvante et lhorreur régnent de toutes parts,

Et le peuple effrayé tremble sur ses remparts.

ÉTÉOCLE.

Cette vaine frayeur sera bientôt calméeMadame, je men vais retrouver mon armée;

Cependant vous pouvez accomplir vos souhaits,

Faire entrer Polynice, et lui parler de paix.

Créon, la reine ici commande en mon absence;

Disposez tout le monde à son obéissance ;