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NOTICE SUR LA VIE
Autant qu’un homme assis au rivage des mersVoit d’un roc éievd d’espace dans les airs,
Autant des immortels les coursiers intrépidesUn franchissent d’un saut.
Andkomaque, « pièce admirable, à quelques scènes decoquetterie près ( 1 ), » excita le même enthousiasme quele Cm, et ne le méritait pas moins. Les applaudissements(lue Racine reçut à cette occasion étaient d’autant plusflatteurs, que de nouveaux succès dans une carrière queCorneille avait parcourue avec tant de gloire étaient nécessai-rement plus difficiles à obtenir. Lorsqu’un art ou une sciencea déjà fait de grands progrès chez, un peuple, il faut plus desagacité, plus de génie, pour reculer d’un pas les limites (lecet art ou de cette science, qu’il n’en fallait aux premiers in-venteurs pour porter l’un ou l’autre au point où ils l’ontlaissé.
Un fait assez singulier, c’est que dans le privilège d’Atinno-maqce on donne à Racine le titre de Prieur de l’Epinay : maisil n’en jouit pas longtemps ; le bénéfice lui fut disputé, et iln’en retira pour tout fruit qu’un procès que ni lui ni ses jugesn’entendirent jamais, comme il le dit dans la préface desPlaideurs, dont ce procès fut en partie l’occasion ou le pré-texte.
Riutannicus suivit (le près Andromaque; mais sa destinéene fut pas aussi heureuse. Soit que les amis de Corneille, tropexclusifs sans doute, et par une suite de cette intolérance quidomine plus ou moins dans toutes les opinions quel qu’en soitl’objet, aient étouffé par leurs critiques malignes et insidieusesla voix presque toujours faible et timide de la louange; soitplutôt que les beautés dont la pièce de Racine étincelle eussentun caractère trop sévère, trop antique pour le temps où elleparut, et qu’il en soit en littérature comme en politique, oti,même pour les meilleures choses, il est nécessaire que les es-prits soient préparés; il est certain qu’on ne sentit pas d’abordle mérite de Riutannicus. Cette pièce, un des plus estimablesouvrages de Racine, « où l’on trouve, dit Voltaire, toute l’é-nergie de Tacite exprimée dans des vers dignes de Virgile, «fut reçue très froidement, et ne réussit même que dans untemps où ce succès trop attendu devait peu le flatter, et nepouvait presque rien ajouter à sa réputation.
11 avoue dans sa préface, avec cette candeur et cette modes-(i)C’ost le Jugement que Voltaire en porte.