ET LES OUVRAGES DE RACINE. 3
palions chéries : « Je passe mon temps, écrivait-il à la Fon-taine, avec mon oncle, saint Thomas, Virgile, et l’Arioste. »Il faisait (les extraits des poètes grecs, lisait Plutarque etPlaton, étudiait surtout sa langue, qu’il a parlée depuis sipurement, et à laquelle il a su donner, par un choix, unepropriété d’expressions qui étonne, et par des associations domots aussi heureuses que neuves et hardies, une richesse, uneénergie, un mouvement qu’elle n’avait point eus jusqu’alors.
De retour à Paris en 1604, il y fit connaissance avec Mo-lière, ce poète si philosophe qui a eu tant de successeurs etpas un rival, et que Boileau regardait comme le génie le plusrare du siècle de Louis XIV. Une circonstance assez délicate,dans laquelle Racine se conduisit avec une légèreté que sonAge rend excusable, causa entre Molière et lui un refroidisse-ment qui dura toujours : mais ils ne cessèrent jamais de s’es-timer, et de se rendre mutuellement la justice qu’ils se de-vaient.
Racine se lia la môme année avec Boileau, qui se vantait delui avoir appris à faire difficilement des vers faciles. Dès cemoment il s’é ablit entre eux un commerce d’amitié qui a durésans interruption jusqu’à la mort de Racine, et dont la dou-ceur n’a môme été altérée par aucun de ces troubles intestinset passagers qui s’élèvent quelquefois parmi les amis les plusétroitement unis.
Alexandre lut joué en 1GG5. Corneille, à qui Racine l’avaitlu, lui dit « qu’il avait un grand talent pour la poésie, maisqu’il n’en avait point pour la tragédie. » Ce jugement nousparaît étrange, parce qu’il se lie dans notre esprit avec cetteestime habituelle et sentie que nous avons pour Racinè, etsurtout avec l’admiration profonde que la lecture ou la re-présentation de ses pièces nous inspire. Mais si l’on fait ré-flexion que ce n’est point à l’auteur d’inmr.ÉNiE, de Pui nnnet de Biutannicus que Corneille a tenu ce discours, mais aujeune poète qui avait fuit laThébaïde et Alexandre, on nedoutera pas que Corneille ne fût de bonne foi : on dira seule-ment qu’il s’est trompé; et que ce qu’il a dit avec raison d’A-leXandre, il ne l’eût certainement pas dit (I'Andromaque,qui fut jouée deux ans après, et que les premières tragédie»de Racine ne pouvaient pas faire espérer. En effet, lorsqu’onmesure l’intervalle immense qui sépare ces deux pièces, onapplique à Racine ces beaux vers d’Homèro si bien traduitspar Boileau :