POÉTIQUE CURIEUSE.
lent à ces jeux puérils. Un tel argument me paroîtsans force contre l’autorité des grammairiens et celledes manuscrits. Théocrite d’ailleurs vivoit dans untemps où ces bagatelles étoient fort à la mode 5 et ila pu, sans trop compromettre sa muse, sacrifierune fois au goût de son siècle. Dix tuyaux, de deuxvers chacun, forment la Sjrinx-, ils décroissent gra-duellement, et imitent avec assez d’exactitude laforme de cet antique instrument. Tibulle, sans per-dre son temps à en faire le bizarre dessin, l’a peintcomme les poëtes doivent peindre :
Fistula cui semper decrescit aruudinis ordo;
Nam calamus cerâ jungitur usque minor.
« Le sujet est Théocrite consacrantaudieu Pan saflûte pastorale. Les expressions les plus rares, lesconstructions les plus embarrassées, les plus obscu-res allusions, la mythologie la plus cachée, répan-dent sur ce poëme d’épaisses ténèbres. Je n’en cite-rai qu’un exemple. Pour désigner Pénélope, Théo-crite l’appelle la femme de Personne, la mère deMacroptolème. On sait que dans l’antre du Cy-clope, Ulysse se cache avec plus de prudence qued’esprit sous le nom de Personne; et Macroptolèmeest la traduction de Télémaque. C’est à peu prèsainsi que l’ingénieux auteur du Richardet, le prélatFortiguerra se déguisa sous le nom de Carteromaco.Théocrite est, dans ce petit ouvrage, le digne émulede Lycophron, son contemporain.
« Les auteurs de ces sottises vivoient à une épo-que où la littérature grecque étoit encore très flo-