34 AMUSEMENS PHILOLOGIQUES.
Des badauds attentifs le crin s’est hérissé.
Cependant sur le dos d’un avocat terrible (i),
S’élève avec fracas un mémoire invincible :
Le volume s’approche, et vomit à nos yeux ,
Parmi de noirs flots d’encre, un monstre furieux (2) sSon front large est couvert de cornes flétrissantes;
Tout son corps est armé de phrases menaçantes;Indomptable allemand, banquier impétueux,
Son style se recourbe en replis tortueux ;
Ses longs raisonnemens font trembler le complice ;
Sa main, avec horreur, va démasquer le vice.
Le Châtelet s’émeut; Paris est infecté,
Et tout le Parlement recule épouvanté.
On fuit, et, sans s’armer d’un courage inutile,
Dans les cafés voisins chacun cherche un asile.
Pierre Augustin , lui seul, protecteur de Nassau (3) ,Harangue la cabale , et saisit ses pinceaux ;
Pousse au monstre un pamphlet vibré d’une main sûre (4)9Et que, dans quatre nuits, trama son imposture (5).
De dégoût et d’horreur le monstre pâlissant,
Autour de Beaumarchais se roule en mugissant :
Il bâille, et lui présente une gueule enflammée,
Qui le couvre à la fois do boue et de fumée.
La peur nous saisit tous; pour la première fois,
On vit pleurer Cubière, et rougir S .(6) ;
(1) Bergasse.
( 2 ) K.
(3) Beaumarchais, dans un de ses écrits, scmbloit offrir sonamitié au prince de Nassau.
(4) Dans la préface de Figaro, l’auteur dit qu’au seul nom deConti on sent vibrer le vieux mot patrie Un mauvais plaisantrépondit, dans le temps, qu’au nom de Beaumarchais on euten-doit vibrer les fouets de Saint-Lazare.
(5) Beaumarchais avoua qu’il n’avoit employé que quatre nuitsà faire ce mémoire.
(6) On prétend quelepremier rioittoujours, et quele secondn’ajamais rougi.