POÉTIQUE CURIEUSE. x 33
à S.^Lazare, vers 1785, à l’occasion de quelques ar-ticles de journaux où il réfutait avec des sarcasmestrès piquans une critique qu’un anonyme qu’il mé-connoissoit, avoit faite de la pièce de Figaro. Cetteparodie est celle d u récit de Théramène dans Phèdre :
A peine Beaumarchais, débarrassant la scène,
Avoit de Figaro terminé la centaine,
Qu’il voloit à Tarare *, et pourtant ce vainqueur,
Dans l’orgueil du triomphe étoit morne et rêveur.
Je ne sais quel chagrin, le couvrant de son ombre,
Lui donnoit, sur son char, un maintien bas et sombre.
Ses vertueux amis (i), sottement affligés,
Copioient son allure, autour de lui rangés.
Sa main sur Sabathier ( 2 ) laissoit flotter les rênes jJlfiloit un discours (3) tout rempli de ses peines ;
Les Sepher, les Gudin (4.) , qu’on voyoit autrefois,
Fanatiques ardens, obéir à sa voix,
L’œil louche maintenant, et l’oreille baissée,
Sembloient se conformer à sa triste pensée.
Un effroyable cri, sorti du sein des eaux (5),
Des Terrier tout-à-coup a troublé le repos ;
Et du fond du Marais une voix formidableSe mêle éloquemment à l’écrit redoutable (6).
Jusqu’au fond de nos cœurs notre sang s’est glacé ;
( 1 ) Expression qu’on trouve communément dans les écrits deBeaumarchais, et qui lui attira une épigrainme sanglante. Un plai-sant s’écria, en lisant cette apostrophe continuelle à ses vertueuxamis : Cela a dû faire un grand mouvement à Bicêtre.
( 2 ) Beaumarchais s’appuyant sur l’abbé Sabathier à la répétitionde Tarare.
(3) Expression qu’on trouve dans le mémoire contre Kornmann:filer des phrases et tricoter des mots .
(4) Gudin a consigné un éloge de Beaumarchais dans le Journalde Paris.
(5) Premier écrit sur les eaux de Paris.
(6) Réplique du comte de Mirabeau.