POÉTIQUE CURIEUSE. 12 y
une pièce de vers ayant tous la même rime, et lesimparfaits appartiennent à une pièce de poésie où lesvers féminins seuls, ou masculins seuls, sont sur lamême rime.
Voici un exemple d’un monorime parfait, que jepuise dans le Kojage de Languedoc et de Pro-vence, par M. Lefranc ; le sujet est le château d’If,où jadis l’on enfermoit, par lettre de cachet, lesjeunes gens libertins : ,
Nous fûmes donc au château d’If :
C’est un lieu peu récréatif,
Défendu par le fer oisifDe plus d’un soldat maladif,
Qui, de guerrier jadis actif,
Est devenu garde passif.
Sur ce roc taillé dans le vif,
Par bon ordre on retient captif.
Dans l’enceinte d’un mur massif,
Esprit libertin, cœur rétifAu salutaire correctifD’un parent peu persuasif.
Le pauvre prisonnier pensif,
A la triste lueur du suif,
Jouit pour seul soporatifDu murmure non lénitif,
Dont l'élément rébarbatifFrappe son organe attentif.
Or, pour être mémoratifDe ce domicile afflictif,
Je jurai d’un ton expressifDe vous le peindre en rime en if.
Ce fait, du roc désolatifNous sortîmes d’un pas hâtif,
Et rentrâmes dans notre esquif,
Eu répétant d’un ton plaintif:
Dieu nous garde du château d’If,