POÉTIQUE CURIEUSE. 45
On cite le tour de force suivant d’un Turc nom-me Mohammed Kothrob , de Bassora , mort l’an821 ; c’est un poëme ai’abe dans lequel chaque versa un mot qui offre trois sens en y changeant autantde fois une voyelle. Il faut remarquer que lesvoyelles ne s’écrivant point en arabe dans lamajeurepartie des livres, ces mots qui peuvent se lire à vo-lonté de plusieurs manières,selon lesvoyelles qu’ony adapte , sont la source d’une infinité de jeux demots et de pointes qui tiennent lieu d’esprit, degoût, et même quelquefois de sens commun, maisqui ont toujours du charme pour les Orientaux.
On raconte qu’un ami de l’évêque Tlieogonius ,n’osant lui écrire ouvertement, de peur que sa lettrene tombât en d’autres mains, pour le reprendre deson injustice et des mœurs peu épiscopales qu’il dé-guisoit sous le masque de la piété, lui écrivit unelongue lettre qui faisoit son panégyrique 5 mais qui ,étant lue à rebours, rendoit un sens contraire etplus convenable au personnage à qui elle étoit adres-sée. Cette lettre est rapportée dans Comiers, pag. 2 65de son Traité de la parole, des langues et écritures,et l'art de parler et d’écrire occullcment. Liège,1691 , i/î-12.
Nous aurions pu rapporter un plus grand nombred’exemples de vers brisés et de prose du mêmegenre; mais ce que nous en avons cité prouve suffi-samment que de toutes ces espèces de frivolités poé-tiques, c’est la jdus difficile, et presque toujours laplus insignifiante.