POETIQUE CURIEUSE. a 3
qu’il en a pris l’idée. Dès-lors chacun s’en est mêlé;on a même vu un abbé Catelan enchérir sur les ana-grammatistes ordinaires; il inventa en 1680 unesorte d’anagramme mathématique ; par le moyen delaquelle il trouva que les huit lettres du nom du roiLouis XIV, font vrai héros. Cependant la fureurdes anagrammes passa; on leur déclara la guerredans le cours du 17.® siècle. Ménage écrivit que leturpe est difficiles habere nugas, et stultus labor estinepticuiim ( Martial 2, ép. 86) , convient parfaite-ment aux faiseurs d’anagrammes , qui se tourmen-tent cruellement pour trouver des mots dans desmots. Adrien Valois fit l’épigramme suivante sur lemême sujet :
Quicranquo nervis ingenî parùm fisus,
Doctumque carmen facere posse desperans,
Evisceratis verba quærit in verhis ,
Anagramma versa claudat ut salebroso,
Laboriosis occupatus in nugis j
Non hic meretur usquequaque damnari ;
Nam se ipse noscit, et vêtus probat verbum :
Citharœdus esse qui nequit, sit aulædus;
Ànagrammatista , qui poëta non sperat.
Le poète Colletet a aussi exprimé son mépris pourles anagrammatistes, dans cette petite pièce adres-sée à Ménage :
J’aime mieux sans comparaison,
Ménage, tirer à la rame, ô
Que d'aller chercher la raisonDans les replis d’une anagramme.
Cet exercice monacalNe trouve son point verticalQue dans une tete blessée ;