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3 [1913]
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HOTELS ET MAISONS I)E

LA K E N A I S S A N C E

I I

PL XVII. Orléans. Maison de Jean dAlibert, 6, place dn Marché à la Volaille.

Cette maison appartient au groupe dœuvres que lon a coutume à Orléans dattribuer au premier desAndrouet du Cerceau, sans que lon ait du reste aucune certitude sur ce que celui-ci, qui travaillait à Orléansvers i55o-i56o, a pu y bâtir effectivement. Mais linfluence de ses dessins, de ses gravures,de ses compositions architecturales a se répandre autour de lui; des morceaux décoratifscomme le plafond de loratoire de la rue du Tabour, situé derrière la maison de Jeanne dArc,

(nous e*n donnons un détail dans notre Introduction, p.vi i paraissent directement inspirés deses Arabesques et il est absolument légitime dappliquer son nom au style qui fleurit auxenvirons de i56o à Orléans, à une date assez postérieure du reste aux deux exemples plussimples et plus directement inspirés des traditions locales que nous venons d'analyser.

De ce style les deux façades encore debout de la maison de Jean dAliberl etde la maison de la Coquille qui, quelques détails mis à part, sont comme la répétitionlune de lautre, sont des exemples typiques. Or la date de i56o est bien approximativementcelle que lon peut donner, daprès ce que nous savons de son histoire, à la maison quereproduit notre planche XVII : la tradition veut en effet quelle ait servi de lieu de réunionaux protestants en iôôi et quelle ait appartenu alors à ce nommé Jean dAlibert qui étaitparmi les plus ardents et les plus puissants défenseurs de leurs idées.

Par exemple, si le dessin de la façade est évidemment inspiré par les théoriciensnovateurs de la Renaissance, la distribution du plan très lisible encore dans la maison deJean dAlibert est tout à fait dans la tradition de la fin du xv e siècle; il nest pour senconvaincre quà comparer le croquis ci-contre avec celui que nous avions donné, au tome I,de la maison dite de Pelvoisin à Bourges, ou de la maison dite de Tristan à Tours.

C'est le même parti de façade étroite donnant, au rez-de-chaussée, une pièce quipeut servir de boutique et qui se double par une arrière-boutique éclairée sur la cour.

Parallèlement, un couloir séparé encore aujourdhui par une cloison en pans de bois quiparait bien ancienne, mène à lescalier à vis. situé en arrière du bâtiment et en saillie. On passe sous lescalierpour atteindre la cour, au fond de laquelle se dresse un petit bâtiment annexe desservi aussi à partir du premierétage par lescalier, et dont le rez-de-chaussée contient une espèce de buanderie. Contre le mur mitoyen setrouve le puits. Rien de plus simple ni de plus logique.

Une ordonnance régulière de pilastres plaqués marque les étagessur la façade extérieure et sépare les baies qui se divisent en grandes etpetites ouvertures, très naturellement. Au rez-de-chaussée, en effet, étantdonnée la distribution indiquée, cest la boutique qui occupe la grande baieet la porte du couloir la petite; au-dessus de celle-ci, une double petite baiegrillagée formant imposte éclaire le long couloir de la façon la plus ration-nelle et plus traditionnelle. Aux étages, il faut, pour expliquer et justifierla division des baies, supposer comme enclave dans la grande salle ouchambre un petit réduit fermé de cloisons légères et séclairant par lapetite fenêtre au-dessus de la porte. Cest ce parti évidemment qui aempêché la division en baies symétriques comme dans la façade de la ruedu Tabour. Mais notons que les architectes de Tours ou de Bourges,dans les maisons que nous rappelions tout à lheure, avaient prévu pareilréduit et lavaient indiqué déjà sur leur façade.

Çà et, sur les murs pleins, apparaît cette décoration composée decartouches et de cuirs accotés de petites figurines nues, de termes et de vasesdont du Cerceau sest servi tant de fois. On la retrouvait également sur le van-tail de la porte qui a été enlevé et se trouve aujourdhui à Paris dans la collec-tion de la marquise Arconati-Yisconti (voir Les Arts n° 20 , août iqo3, p. g).

Les façades de la cour sont beaucoup plus simples quoique assezsoignées encore et relevées de jolies moulures, mais sans ornements nipilastres. La brique y domine comme élément constructif, rehaussée depierre pour les chaînages et lencadrement des baies. Lensemble donnedéjà un peu limpression sobriété pittoresque et dharmonie colorée quelon retrouvera plus tard dans les constructions civiles du temps de Henri IV.

Fig. ii. Orléans: Façade de lhôtelCabu sur la rue Charles-Sanglier etfaçade rapportée de la rue Pierre-Percée

COUR

Fig. io. Orléans :Maison de JeandAlibert. Plan durez-de-chaussée.