HOTELS ET MAISONS I)E
LA K E N A I S S A N C E
I I
PL XVII. Orléans.— Maison de Jean d’Alibert, 6, place dn Marché à la Volaille.
Cette maison appartient au groupe d’œuvres que l’on a coutume à Orléans d’attribuer au premier desAndrouet du Cerceau, sans que l’on ait du reste aucune certitude sur ce que celui-ci, qui travaillait à Orléansvers i55o-i56o, a pu y bâtir effectivement. Mais l’influence de ses dessins, de ses gravures,de ses compositions architecturales a dù se répandre autour de lui; des morceaux décoratifscomme le plafond de l’oratoire de la rue du Tabour, situé derrière la maison de Jeanne d’Arc,
(nous e*n donnons un détail dans notre Introduction, p.vi i paraissent directement inspirés deses Arabesques et il est absolument légitime d’appliquer son nom au style qui fleurit auxenvirons de i56o à Orléans, à une date assez postérieure du reste aux deux exemples plussimples et plus directement inspirés des traditions locales que nous venons d'analyser.
De ce style les deux façades encore debout de la maison de Jean d’Aliberl etde la maison de la Coquille qui, quelques détails mis à part, sont comme la répétitionl’une de l’autre, sont des exemples typiques. Or la date de i56o est bien approximativementcelle que l’on peut donner, d’après ce que nous savons de son histoire, à la maison quereproduit notre planche XVII : la tradition veut en effet qu’elle ait servi de lieu de réunionaux protestants en iôôi et qu’elle ait appartenu alors à ce nommé Jean d’Alibert qui étaitparmi les plus ardents et les plus puissants défenseurs de leurs idées.
Par exemple, si le dessin de la façade est évidemment inspiré par les théoriciensnovateurs de la Renaissance, la distribution du plan très lisible encore dans la maison deJean d’Alibert est tout à fait dans la tradition de la fin du xv e siècle; il n’est pour s’enconvaincre qu’à comparer le croquis ci-contre avec celui que nous avions donné, au tome I,de la maison dite de Pelvoisin à Bourges, ou de la maison dite de Tristan à Tours.
C'est le même parti de façade étroite donnant, au rez-de-chaussée, une pièce quipeut servir de boutique et qui se double par une arrière-boutique éclairée sur la cour.
Parallèlement, un couloir séparé encore aujourd’hui par une cloison en pans de bois quiparait bien ancienne, mène à l’escalier à vis. situé en arrière du bâtiment et en saillie. On passe sous l’escalierpour atteindre la cour, au fond de laquelle se dresse un petit bâtiment annexe desservi aussi à partir du premierétage par l’escalier, et dont le rez-de-chaussée contient une espèce de buanderie. Contre le mur mitoyen setrouve le puits. Rien de plus simple ni de plus logique.
Une ordonnance régulière de pilastres plaqués marque les étagessur la façade extérieure et sépare les baies qui se divisent en grandes etpetites ouvertures, très naturellement. Au rez-de-chaussée, en effet, étantdonnée la distribution indiquée, c’est la boutique qui occupe la grande baieet la porte du couloir la petite; au-dessus de celle-ci, une double petite baiegrillagée formant imposte éclaire le long couloir de la façon la plus ration-nelle et plus traditionnelle. Aux étages, il faut, pour expliquer et justifierla division des baies, supposer comme enclave dans la grande salle ouchambre un petit réduit fermé de cloisons légères et s’éclairant par lapetite fenêtre au-dessus de la porte. C’est ce parti évidemment qui aempêché la division en baies symétriques comme dans la façade de la ruedu Tabour. Mais notons que les architectes de Tours ou de Bourges,dans les maisons que nous rappelions tout à l’heure, avaient prévu pareilréduit et l’avaient indiqué déjà sur leur façade.
Çà et là, sur les murs pleins, apparaît cette décoration composée decartouches et de cuirs accotés de petites figurines nues, de termes et de vasesdont du Cerceau s’est servi tant de fois. On la retrouvait également sur le van-tail de la porte qui a été enlevé et se trouve aujourd’hui à Paris dans la collec-tion de la marquise Arconati-Yisconti (voir Les Arts n° 20 , août iqo3, p. g).
Les façades de la cour sont beaucoup plus simples quoique assezsoignées encore et relevées de jolies moulures, mais sans ornements nipilastres. La brique y domine comme élément constructif, rehaussée depierre pour les chaînages et l’encadrement des baies. L’ensemble donnedéjà un peu l’impression dé sobriété pittoresque et d’harmonie colorée quel’on retrouvera plus tard dans les constructions civiles du temps de Henri IV.
Fig. ii. — Orléans: Façade de l’hôtelCabu sur la rue Charles-Sanglier etfaçade rapportée de la rue Pierre-Percée
COUR
Fig. io. — Orléans :Maison de Jeand’Alibert. Plan durez-de-chaussée.