sur lequel s’ouvraient successivement les deux pièces du rez-de-chaussée. De ces deux pièces, ce fut celle quis’éclairait en arrière sur la cour dont on fit la pièce d’honneur; percée de baies abondantes, elle fut dotée d’unecheminée monumentale, agrémentée d'un réduit que l’on agença dans une tourelle ou plutôt un pavillon carrésvmétrique à celui de l'escalier et que l’on décora d’un joli plafond sculpté. C’est cette disposition que révèle letrès joli ensemble de la façade la plus célèbre de cette maison; celle-ci était complétée jadis par une galerie latéraleappuyée au mur mitoyen et desservant un corps de bâtiment qui a été rasé. Par contre, depuisla première restaurationde 1860, conduite par l’architecte Millet, et l’installation du Musée historique, on a ajouté à l'immeuble l’emplace-ment des maisons voisines sur lequel se sont élevées des constructions nouvelles agrémentées de morceaux anciensrapportés, dont il faut avoir soin de ne tenir nul compte pour comprendre le plan logique de la maison primitive.
La décoration de celle-ci, très simple sur les façades de la rue Neuve et de la rue des Albanais (le détailde la partie que nous publions permet d’en juger i, est déjà d’un caractère de sobriété élégante et classique trèsaccusé. La façade de la cour où délibérément on voulut faire œuvre d’art, est beaucoup plus significative avecses ordonnances de colonnes cannelées ou décorées de torsades de feuillages et surmontées de chapiteaux corin-thiens fort corrects, ses baies cintrées aux moulures fines et précises, ses œils-de-bœuf encadrés de cartouchesgarnis de cuirs et de figurines. L’influence des architectes théoriciens de l’antiquité se marque déjà de façoncertaine : on a dépassé la formule appliquée dans les maisons dites d’Agnès Sorel et de François I er que nousavons étudiées au volume précédent ('tome II, pl. XXVI-XXIX), et dont la plus tardive peut dater desenvirons de i 5 qo. La véritable Renaissance classique est déjà commencée et sans doute ses premières œuvrestypiques comme le château de Saint-Maur de Philibert de l’Orme, ou le Louvre de Lescot, ont-ellesdéjà pu voir le jour.
Bibliographie : De Buzonnière : Histoire architecturale d’Orléans, Paris 184g et Répertoire archéologique du Loiret.Orléans 1877. — Léon Vaudoyer : Edifices civils et habitations privées de la ville d’Orléans dans les Archives des Monuments historiques.1855-1872, T. IV, Renaissance. Architecture civile. — Berty : La Renaissance monumentale en France. Paris, 1864. — René Biémont :Orléans : p. 310-315. — Herluison : L’hôtel Cabu, ses annexes et les collections du Musée historique d’Orléans. Orléans, i8go.
PL XVI. — Orléans. — Maison, 39, rue du Tabour.
Cette façade qui ornait jadis l’irrégulière et pittoresque rue du Tabour et qui a subi au cours destravaux qui en ont rectifié l’alignement fij un traitement assez fâcheux, est voisine de la maison de l’Annon-ciade où Jeanne d’Arc passe pour avoir reçu l’hospitalité le jour de son entrée à Orléans, en 142g, assez voi-sine également de celle qui est connue sous le nom de maison d'Agnès Sorel, et dont il faut attribuer laconstruction soit à Pierre Compaing, soit à Euverte Hatte, soit à Jean Hatte qui la possédèrent successivement,(nous l’avons étudiée au volume précédent Pl. XXVI à XXVlIIj. Elle est assez postérieure toutefois même àcette dernière que nous avons pu dater des environs de i 53 o. Vingt ou vingt-cinq ans les séparent à notresentiment, sans cependant qu’il faille, croyons-nous, dépasser pour celle-ci les limites du règne de Henri ILLa seule partie intéressante, d’ailleurs, est l’ordonnance de la façade du premier et du second étage; le rez-de-chaussée qui comprenait, parait-il, une petite porte en plein cintre surmontée de deux baies accolées réunies parun fronton, avait été malheureusement défiguré par l’installation de boutiques modernes. Il vient d’être rétablià peu près dans ses dispositions anciennes. Au-dessus, à chaque étage, deux fenêtres accolées et très rapprochéessont divisées'-elles-mêmes en! deux baies cintrées par une élégante colonnette cannelée, de sorte que l’étage,qui ne comprenait certainement qu’une seule pièce, est éclairé par une sorte de galerie très ajourée commedans les maisons du moyen âge.
Dans le décor extérieur de ces galeries les éléments classiques ont fait leur apparition et toutes lesmoulures, tous les chapiteaux sont empruntés à la grammaire décorative nouvelle. Il règne toutefois dansl’ensemble une élégance assez fleurie : les grands pilastres qui encadrent chaque galerie se souviennent encore,semble-t-il, des pilastres à arabesques du temps de François I er . C’est une combinaison beaucoup moins sévèreet intransigeante que ce que nous avons rencontré à Lyon ou à Paris, et, si l’œuvre est contemporaine, peut-être même postérieure à l’hôtel Carnavalet ou à l’hôtel Bullioud, il est certain qu’il y reste beaucoup plus de lafantaisie gracieuse de l’Ecole de la Loire.
Bibliographie : Voir le n® précédent et Palustre : U Architecture de la Renaissance : p. 235 (fig).
(1) Notre photographie a été prise en 1909 avant les travaux d’alignement.