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HOTELS ET MAISONS L)E LA RENAISSANCE
possible l’architecture de Lescot; mais y ajouta de quoi installer plusieurs appartements. L’hôtel connutensuite successivement comme possesseurs, M. d’Agaurry qui le loua à la marquise de Sévigné, puisM. Brunet de Rancy, puis la famille de la Briffe. La Révolution y vit installer la Direction de la Librairie, lexix e siècle l’Ecole des Ponts et Chaussées, puis une pension, enfin le musée de la Ville, après une restaurationet des aménagements nouveaux conduits par les architectes Parmentier et Roguet. Toutefois, depuis deux siècles,on n’avait guère fait autre chose que des transformations ou suppressions de décor intérieur et le bâtiment restebien celui de Lescot pour les parties principales, retouché par Du Cerceau, et complété par Mansart.
Lescot, dont l’œuvre seule nous intéresse ici, avait élevé son corps de logis, en arrière de la rue, précédéd’une cour qu’encadrait un double portique sans étage, et d’un portail monumental également à rez-de-chaussée.
Le logis principal subsiste encore (pl. VIII); il est simple en profondeur, les pièces au nombre de troisou quatre en enfilade sans dégagement, s’éclairent à la fois sur la cour et sur le jardin. Il était desservi àl’origine par un escalier à vis, situé dans le pavillon de gauche, comme le montre encore notre plan, lequel datedu temps de Louis XIII ; cette vis a été remplacée au xvn e siècle par un grand escalier en pierre à rampe de ferforgé. Un autre escalier plus petit devait se trouver dans le pavillon de l’aile droite et mettre les appartementsde l’hôtel en communication avec les communs situés de ce côté. Il fut remplacé au commencement duxvn e siècle par un grand escalier à l’italienne avec coupole, conçu par Du Cerceau, et que Mansart n’a paslaissé subsister. Du Cerceau avait du reste remanié, semble-t-il, toute cette partie droite et même les arcadesdu portique du rez-de-chaussée. C’est dans la partie gauche qu’il faut chercher le dessin original et surtout laqualité merveilleuse de l’ornementation du portique de Lescot avec les mascarons de faunes et de satyres quel’on attribue par tradition à un certain Maître Ponce , mais qui sont sans nul doute parmi les meilleursmorceaux de l’atelier, peut-être de la main de Goujon. Rappelons surtout que ce portique sans étage, suppor-tant un petit comble, ou peut-être plutôt à l’origine une terrasse, était ajouré depuis le bas de l’escalier jusqu’aupavillon d’angle; il était fermé seulement par une balustrade et faisait pendant à un autre portique ouvert entiè-rement sur les jardins. Le plan que nous reproduisons, plan qui est établi d’après les dessins de Marot avanti65o, nous montre encore en partie la disposition de cet ensemble, mais après les travaux de Du Cerceau,qui en avaient déjà modifié sensiblement les dispositions primitives.
Le bâtiment de l’entrée (pl. IX) a été plus profondément altéré encore par les travaux du xvii' siècle.Les deux pavillons de droite et de gauche ont été entièrement refaits, par Mansart qui est responsable aussidu premier étage. De plus les bossages n’étaient pas vermiculés à l’origine et les deux bas-reliefs représentantdes lions figuraient vers l’intérieur de la cour, où ils complétaient le motif de la Puissance Judiciaire sculptépar Jean Goujon à la clef de l’arcade, au-dessus de deux délicieuses allégories couchées sur les rampants del’arc. Enfin le tympan sculpté, avec l’élégant motif des deux génies nus appuyés sur un cartouche qui portaitjadis les armes de Kernevenoy est une addition postérieure à KS 72 , c’est-à-dire que la sculpture, n’en peut-êtreattribuée qu’à la suite de l’atelier de Jean Goujon. On a même avancé, mais sans aucune preuve, le nom deGermain Pilon pour celui de son auteur.
Tel qu’il est aujourd’hui, avec ses proportions mesurées, la sobre élégance de ses façades, la silhouetteélancée du comble du logis principal, agrémenté de ses hautes lucarnes, le charme surtout de ses décorationssculptées par Jean Goujon ou d’après ses modèles, malgré les additions de Mansart qui l’ont un peu étouffé etcomme épaissi, malgré les décorations de Gérard van Obstal et de ses contemporains, les Eléments par exemplede l’aile gauche, qui sont loin de la grâce des Saisons de la façade principale, l’hôtel Carnavalet, reste unmodèle précieux de cette architecture où la tradition nationale reste encore vivante dans un idéal nouveau derégularité et de sobriété antique et où le goût classique s’affirme sans pédantisme et sans fantaisie baroque.
Bibliographie : Guilhermy : Itinéraire archéologique de Paris , p. 382-387. — Jules Cousin -.Bulletin de la Société d’histoire deParis. T. VI, 1879, p. 42-_|3. — A. de Monlaiglon : L’Architecture et la Sculpture à l’hôtel Carnavalet , Gazette des Beaux-Arts, 2 e partie,T. XXVI, 1881, p. 5-28. — L. Palustre : La Renaissance en France , II, p. 176-179. — A. de Champeaux : L’Art décoratif dans le vieuxParis, 1898, p. 172. — Ch. Sellier et Dorbec : Guide explicatif du Musée Carnavalet. Paris 1903. — P. Vitry : Jean Goujon (Les grandsArtistes). Paris 1907.
PL X et XI. — Lyon. — Hôtel Bullioud, 8, rue Juiverie.
C’est à une date des plus précoces aussi, et assez antérieure au milieu du xvi e siècle, qu’il faut attribuercette galerie de l’hôtel Bullioud dont le caractère absolument classique serait bien fait pour nous étonner en1 536. si nous ne savions qu’elle eut pour auteur le jeune Philibert de l’Orme qui rentrait de Rome où il avait