HOTELS ET MAISONS DE LA RENAISSANCE
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dispositions, avec un parti général de mouluration sobre et presque sévère, une correction froide et éléganteque nos architectes atteindront rarement et qui a réellement quelque chose de florentin. La lucarne toutefois,bien que conçue dans le même esprit, est assez médiocre et sans intérêt.
Le comble élevé traditionnel est la seule partie qui échappe complètement à ce goût antique si accusédans la façade, et qui eût appelé, semble-t-il, la terrasse à l’italienne à laquelle avaient abouti logiquementquelques architectes de ce temps, celui du château de Saint-Germain-en-Laye en particulier.
Bibliographie : Voir la notice précédente et Rouyer et Darcel. L'Art architectural en France... Paris, 1863, pl. XIII à XVII.
PL VIII et IX. — Paris. — Hôtel Carnavalet, rue de Sévigné.
L’histoire de l’hôtel Carnavalet, qui contient aujourd’hui le Musée historique de la Ville de Paris,bien qu’elle soit compliquée, est assez bien connue, grâce surtout au beau travail critique d’Anatole deMontaiglon; mais ce n’est pas ici le lieu d’en rapporter tous les détails,ni d'entrer dans certaines discussions qui restent encore ouvertes. Nousinsisterons, comme il est naturel, sur l’œuvre du constructeur primitifqui se trouve être un des grands noms de l’architecture du xvi e siècle,
Pierre Lescot, seigneur de Clagny. Nous avons ici sans doute un despremiers travaux où il nous ait donné, après les réalisations un peuplus précoces que nous venons d’examiner et où s’esquissait déjà lestyle de notre Renaissance classique, une œuvre définitive d’un styletrès personnel, très typique en môme temps des directions de l’artfrançais au milieu du xvP siècle.
Le terrain sur lequel s’élève l’hôtel était un ancien marais quidépendait du prieuré de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, lorsquele président Jacques des Ligneris, en i5qq, acquit des religieuses cinqparcelles contenant environ 600 toises, à l’angle de la rue qui portaitnaguère encore le nom de Culture Sainte-Catherine et de la rue desFrancs-Bourgeois. On sait que le président fut appelé deux ans plustard à représenter le roi au concile de Trente, et l’on suppose que lestravaux, commencés dès avant cette date de i5q6, s’arrêtèrent à cemoment. Nous avons bien d’autres exemples cependant de travauxcontinués au contraire en l’absence du propriétaire, et nous pensons queceux-ci purent parfaitement se poursuivre après i5qô. De même on asupposé qu’après avoir choisi pour architecte, son confrère au Parlement, Pierre Lescot, fils de conseiller etconseiller lui-même, qui n’avait guère encore construit à Paris que le jubé de Saint-Germain-l’Auxerrois,mais y avait affirmé son goût pour le style antique renouvelé, le président des Ligneris dut renoncer à sacollaboration en raison des charges nouvelles que la faveur royale confiait à Lescot architecte du Louvre etfut obligé de faire appel à Jean Bullant. Mais depuis quand un architecte ne peut-il avoir plusieurs chantiersouverts en même temps) L’argumentation n’est guère valable que pour la participation de Jean Goujon qui,une fois engagé dans les grands travaux du Louvre, n’eut plus le loisir de mettre la main lui-même auxdécorations de l’hôtel du président; après avoir fourni les modèles, il dut en laisser l’exécution à son atelier.Mais les plans de Lescot durent se poursuivre sous sa direction plus ou moins attentive. Il est donc vraisem-blable que l’hôtel fut élevé entre i5qq et i55o, sur les dessins de Pierre Lescot, avec la collaboration de JeanGoujon et de son atelier.
Mais la maison ne devait pas tarder à subir des remaniements et des additions. M. des Lignerismourut en 1556 et son habitation, conservée pendant quelques années par son fils Théodore, fut vendue en15j2 à Françoise de la Beaume, dame de Kernevenoy, veuve du premier écuyer de Henri II, dont le nom bretontransformé par l’usage populaire, a donné celui de Carnavalet. Quelques travaux furent faits de son temps auxbâtiments d’entrée; mais c’est surtout après sa mort, en iôod, lorsque l’hôtel passa aux mains de Florentd’Argouges, trésorier de Marie de Médicis, que les agrandissements se précipitèrent sous la direction de JeanAndrouel du Cerceau qui construisait vers le même temps l’hôtel Sully 1 1620 -i 632). Un autre financier,Claude Boislève, en confia les travaux à François Mansart, de 1655 à lôbi. Celui-ci respecta dans la mesure du
Fig. 6. — Paris : Hôtel Carnavaletd’après un plan du xvn e siècle