y. -
TTT*
■V’-Xt'..
'V V.-
HOTELS ET MAISONS DE LA RENAISSANCE
.3
au moins quant à la façade, est d’une importance capitale. Ses proportions d’abord sont â noter. C’est,comme nous l’avons déjà observé à propos de quelques constructions antérieures (voir vol. II, pl. XLI), lecorps de logis accessoire qui déborde presque sur le principal. Six grandes baies l’éclairent, sans compterles deux lucarnes qui, par une disposition assez singulière, sont superposées non aux baies mais aux pan-neaux intermédiaires; elles en complètent l’ordonnance qui fait déjà pressentir l’ordonnance régulière desavant-corps classiques. En elles-mêmes, ces lucarnes sont aussi moins ornées, moins fantaisistes, plusclassiques et sans doute aussi un peu plus tardives que la grande lucarne de tout à l’heure.
Au premier étage, dans les panneaux qui séparent les fenêtres, entre deux colonnes de pleineronde bosse, surmontées de chapiteaux composites où paraît déjà le modèle corinthien presque pur (celuique Goujon emploiera à Rouen en i5qo), s’inscrivent dans des niches à coquille peu profondes, deuxgrandes statues de David et de Judith tenant l’une la tète de Goliath, l’autre celle d’Holopherne; ces statuessont d’un art très particulier; mouvementées et élancées, très antiques de costume et d’allure, elles sont d’unenouveauté évidente et un peu déconcertante dans l’art français antérieur à i5qo, à tel point que l’on est forttenté de les attribuer à quelque artiste italien, lequel, s’il travailla réellement en Normandie, pourrait bienêtre un de ces intermédiaires directs que nous soupçonnons sans les connaître, entre l’art ultramontain et lejeune Goujon qui va paraître à Rouen vers ce même temps.
Au-dessus, dans le bandeau qui sépare les deux étages, deux reliefs représentant Y Enlèvement d'Europeet Persée délivrant Andromède, dans leur parti d’exécution très mince et élégante, ne sont guère moins italiens;de même encore les groupes d’adolescents nus qui soutiennent des armoiries et des heaumes à l’étage au-dessus et qui rappellent de très près aussi les produits exactement contemporains des ateliers de Fontainebleau.Notons aussi la curieuse combinaison de ces figures d’hommes barbus dont la tête passe à travers le linteausupérieur et dont le seul bras visible soutient, au-dessous, des cartouches ornés de banderolles. Avec plusde fantaisie et d’ingéniosité, n’est-ce pas là le développement du thème des bustes décoratifs saillants de lafaçade de Gaillon, comme celui de l’homme casqué (aujourd’hui au Louvre) que Courajod a pu attribuer àAntoine Juste?
Le quatrième corps de bâtiment qui complète le quadrilatère de la cour et forme la façade sur la rueest moins intéressant. Traversé par un passage voûté formant porte cochère, desservi par un petit escaliercompris dans un pavillon enclavé dans le bâtiment à gauche de la façade sur la cour, il ne paraît avoir jamaiscontenu que des parties secondaires de l’habitation et peut-être déjà, comme aujourd’hui, des locaux consacrésau négoce. Mais la sobriété générale du dessin des façades, dont on peut encore juger par la partie de celle dela cour que reproduit notre planche III, est très caractéristique de l’esprit général qui règne dans cet ensembleet que nous avons signalé dès le début.
Bibliographie : Bourgueville, sieur de Bras : Les recherches et antiquités de la ville de Caen , 1588. — H. Bordeaux : Lesanciennes maisons monumentales de Caen. Bulletin monumental, 1846. — Beaurepaire : Caen illustré, 1886. — Trebutien : Caen. Son His-toire , ses monuments. 3 e édition, p. 207-212. fig. — Palustre : La Renaissance en France 1883, T. I, p. 225. — Travers : L’ancien hôteld’Escoville dans la Normandie monumentale .— H. Prentout : Les Leprestre, maçons caennais et les monuments de la Renaissance. Caen,1906. — Id : Les maîtres maçons de la Renaissance à Caen. Congrès archéologique 1908, T. II. — Id : L’hôtel d’Escoville à Caen. Muséeset Monuments de France, 1907, p. 13 - 15 . — Id : Caen et Bayeux (Villes d’art célèbres), 1909. — René Schneider : Le mythe d’Apollonet Marsyas. Musées et monuments de France, 1907, pl. XLI.
Pl. VI et VII. — Caen. — Hôtel de Mondrainville, rue de la Monnaie.
Etienne Duval, sieur de Mondrainville fut aussi vers le milieu du xvi c siècle, l’un des personnages lesplus fortunés de Caen. Enrichi par le commerce avec le Levant et l’Amérique, il fut nommé receveur généraldes Etats de Normandie et anobli plus tard par Henri IL Ses magasins et son habitation occupaient tout unensemble de constructions, que traverse aujourd’hui la rue de la Monnaie et qui devaient s’étendre largementdans ce quartier de la Ville, entourées de jardins réguliers.
Certaines parties des bâtiments remontent au xv e siècle (plan C) et datent du père d’Etienne Duval;certaines autres appartiennent à la 2 e moitié du xvi e siècle. Nous insisterons d’abord sur le logis que Duvallui-même se fit bâtir entre 1 53r et i53q et qui fut désigné, en raison d’une affectation postérieure, sous le nomd’hôtel de la Monnaie. ( Plan A, pl. VI). Un peu mutilé et défiguré aujourd’hui, il nous offre encore un jolitype d’habitation de la première Renaissance. Sur la gauche de la façade une tourelle d’escalier circulaire enforte saillie se termine par la petite vis accolée conduisant à la chambre supérieure habituelle, le tout malheu-reusement découronné aujourd’hui et couvert d’un toit moderne et sans grâce.