HOTELS ET MAISONS I)E LA RENAISSANCE
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est d’une disposition beaucoup plus régulière et classique. Toutefois elle pourrait encore à la rigueur, commeparti d’architecture, sinon comme décor, faire penser à tel grand escalier monumental de la première Renais-sance, celui de Chàteaudun par exemple; au contraire, dans le couronnement dudit escalier, l’ancienne chambresupérieure des vis gothiques est remplacée par une lanterne à double étage composée d’arcades et de pilastresréguliers, et l’ancienne petite tourelle accolée qui conduisait au dernier étage s’inscrit dans un plan octogonalet se termine par un véritable tempielto circulaire aux colonnes munies de chapiteaux ioniques. L’ensemble estd’une nouveauté absolument originale et d’un esprit tout pénétré de classicisme que souligne encore le Priapeabrité sous le petit temple rond (le morceau a été conservé dans son exécution originale) et les deux statuesrestituéesau sommet, d’après des indicationsanciennes, dont l’uneestun Apollon triomphant, l’autreun Marsyas.
C’est aux mêmes mythes antiques que se rattachent aussi les représentations qui décorent la grandelucarne, où deux hommes vêtus à l’antique frappent sur le métal “comme des Tubalcaïns qui inventent les sonsen forgeant le métal”, où, plus haut, deux figures assises jouent l’une de la lyre, l’autre de la cornemuse rustique,
exprimant, ainsi que l’a très ingénieusementexposé i\l. R. Schneider, le débat mythologiqueentre Apollon et Marsyas que résume l'inscrip-tion tracée sur le linteau : MARS1AS VICTVSOBMVTESCIT. Enfin, au sommet de lalucarne, une gracieuse figure de jeune femme enbuste jouant du théorbe, offre une allégorie del’art musical qui était cher sans nul doute aumaître de la maison.
La composition de la lucarne elle-mêmen’est pas moins curieuse avec sa grande baieen plein cintre flanquée de deux colonnes sail-lantes et accotée de deux contreforts si particu-lièrement stylisés que l’ensemble prend un vagueair d’arc de triomphe. Tout le détail de cettesculpture a du reste été restauré récemment eten partie restitué par M. Geoffroy sous la direc-tion de M. de la Roque, mais avec beaucoup deprudence et de sagacité.
Le corps de logis principal se compose,à chaque étage, d’une grande pièce qui s’ouvresur la gauche de l’escalier et s’éclaire sur les deux faces du bâtiment. Les cheminées n’offrent malheureusementplus d’intérêt; mais les paliers de l’escalier, celui du rez-de-chaussée notamment, montrent de très jolis morceaux.Le plafond présente une décoration de caissons garnis de rinceaux à l’antique; il est soutenu en son milieupar un arc en plein cintre, seul témoin subsistant de l’ancien système de supports en nervures qui n’aurait pasmanqué de figurer à cette place et que nous trouverons encore en des monuments plus tardifs, à l’ancienséminaire de Brive par exemple (voir pl. XXXIX à XLIII).
La porte en elle-même fpl. Y) n’offre qu’un intérêt secondaire, malgré la jolie qualité de son exécu-tion; car, depuis le début du règne de François I er , ces combinaisons de pilastres, de corniches, de volutes etde niches sont chose courante dans l’architecture qui dérive de celle de Blois et de Chambord. Mais on remar-quera ici le bas-relief, d’une composition assez touffue, qui représente des figures de l’Apocalypse sans rapportavec les mythologies que nous venons de citer et avec celles que nous allons retrouver tout de suite, mais quiévoque le souvenir de ce cavalier de l’Apocalypse, sculpté jadis en haut-relief sur la façade extérieure, aujour-d’hui, disparu et qui avait fait donner à l’Hôtel le nom populaire d 'Hôtel du grand cheval. Dans le tympan decette petite porte, on voit assis au centre un personnage qui, par malheur, a perdu sa tète; il est accompagnéd’un ange et ce doit être l’apôtre Jean lui-même; à gauche, figure le monstre aux sept têtes que terrasse un angeet adroite l’autre monstre que chevauche la grande prostituée de Babylone. A droite et à gauche, sur le flancdes pilastres, à peine posés sur deux bouts de corniche, gambadent deux singes lubriques et ironiques.
Le bâtiment qui ferme la cour à gauche, reconstruit au xvm e siècle, n’offre plus d’intérêt. Celui dedroite, au contraire, malgré des remaniements graves que des restaurations récentes ont fait disparaître ( i !,
(i) Les deux étages avaient été réunis, le plancher intermédiaire étant supprimé ; les fenêtres de la façade, rompant l’or-donnance, ne formaient plus qu’une immense baie sans proportion.
Fig. i. — Caen : Hotei. d’Escovii.i.ePlafond du palier de l’escalier
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