358 LA RELIGION ET L’ENTHOUSIASME.
par ce dénigrement du beau qui réunit l’inso-lence à la gaieté.
L’esprit social est fait de manière que SOU' 3vent on se commande de rire, et que plussouvent encore on est honteux de pleurer ;d’où cela vient-il ? De ce que l’amour-proprese croit plus en sûreté dans la plaisanterieque dans l’émotion. Il faut bien compter surson esprit pour oser être sérieux contre unemoquerie ; il faut beaucoup de force pourlaisser voir des sentiments qui peuvent êtretournés en ridicule. Fonteneîle disoit : j’aiquatre-vingts ans , je suis français , et je n’aipas donné dans toute ma vie le plus petitridicule à la plus petite vertu. Ce mot sup-posoit une profonde connoissance de la so-ciété. Fonteneîle n’étoit pas un homme sen-sible, mais il avoit beaucoup d’esprit ; ettoutes les fois qu’on est doué d’une supé-riorité quelconque, on sent le besoin du sé-rieux dans la nature humaine. Il n’y a queles gens médiocres qui voudroient que le fondde tout fut du sable, afin que nul homme nelaissât sur la terre une trace plus durable quela leur.
Les Allemands n’ont point à lutter chez